BDSM Icône Betty Page nue la lumière et l'ombre.

Betty Page nue - Photo d'archives.

BDSM Betty Page in Bondage by Irving Klaw.

"Betty Page in Bondage" - Photo de Irving Klaw.

 

Le titre est inspiré de la BD policière de pure fiction -et dont l’intrigue ne concerne pas concrètement Betty Page- de Bignon et Rodolphe : « Les quatre morts de Betty Page », publiée en 1999 aux Editions P&T…
 
 
Quand Betty Page nous a-t-elle réellement quittés ?
Est-ce dans la nuit d’avant-hier ou en 1959 lorsqu’elle a disparu de sous les feux de la rampe, ne laissant pas même une adresse où lui envoyer ses droits d’artiste, ou bien encore quand, en 1982, elle fut internée pour schizophrénie ?
Que s’est-il passé durant toutes ses années de silence avant qu’elle ne fasse un « come-back » au milieu des années 90 ?
Reconstruit au fil de biographies non autorisées mais jamais attaquées par elle en justice, le destin de la belle icône du BDSM vintage nous interpelle en ce qu’il porte à la fois de clarté et d’obscurité, un peu comme celui de Marilyn Monroe mais aussi comme celui d’une autre « Betty », la Betty Short du « Dahlia noir »...
 
Doit-on ou non le raconter ?
Ces ombres terniraient-elles la lumière de celle qui nous fut si chère ?
 
La légende de Betty Mae Page commence tristement dans les expulsions de la crise de 1929 quand son père, arrêté pour vol de voiture, fait deux années de prison durant lesquelles sa mère se voit contrainte de placer ses quatre enfants dans un orphelinat.
Lorsque Betty reverra son père, ce sera pour qu’il abuse d’elle alors qu’elle n’a que onze ans.
Un terrible événement qui la marquera sans doute au fer rouge même si elle n’en fit jamais confidence publique.
Mais c’est un fait que, bien que mariée trois fois, Betty Page ne connut jamais l’amour.
 
L’histoire continue un peu plus tard comme un conte de fées dans le New York des années 50 quand la petite secrétaire qu’elle était fut repérée dans la rue par un photographe amateur et que, de clichés en clichés, Betty passe bien vite au rang de « reine des pin-up ».
 
Sans sombrer dans le glauque (elle se refusa toujours à la pose « explicite »), Betty eut les honneurs de maintes revues dont « Playboy » et, avec son allure de grande fille simple qui se servait de la sophistication seulement comme d’un clin d’œil, elle contribua à l’évolution de la libération des mœurs, tant elle savait afficher une sensualité indépendante et un sourire à toute épreuve, même en 1957 lorsque le Sénateur  Kefauver, choqué par l’une de ses photos de bondage où elle apparaissait les bras en croix, demanda une enquête parlementaire sur elle et son mentor Irving Klaw, lequel fut accusé d’incitation à la débauche et même… au crime.
Le 5ème amendement les sauva mais la Cour ordonna que tous les clichés bondage et SM de Irving Klaw soient saisis et détruits.
 
Ce sont pourtant les produits de leurs négatifs -heureusement conservés par le photographe- que l’on aime regarder aujourd’hui avec nostalgie, témoignage culturel et esthétique de ce que fut la photo SM aux Etats-Unis, deux décennies avant l’invention de l’acronyme BDSM.
Quelque chose de bien gentillet somme toute, autour d’une femme qui rayonne (même si on la surnomme « Dark Betty ») et se prête comme un caméléon au changement de « rôle », de dominatrice à soumise ligotée, toujours avec sa gaieté et sa fantaisie de bon aloi.
Car sur ces images Betty Page joue, elle joue la comédie, elle qui aurait tellement voulu devenir une star de cinéma comme son double blond qui démarra sa carrière en posant nue pour un calendrier quelques années auparavant…
 
Si malgré ces photos, Betty Page fut aussi populaire dans un pays tel l’Amérique, c’est qu’elle était, inconsciemment, la braise sous la cendre : à travers sa farouche émancipation de femme se profilait déjà ce qui allait être la révolution sexuelle des sixties.
Quel fut le secret de Betty pour être tellement appréciée au-delà des simples amateurs de pin-up et conquérir même l’estime des femmes ?
Un charme fou et naturel, la certitude profonde ancrée en elle de ne pouvoir être un objet de scandale parce que -disait-elle- « Dieu n’a rien contre la nudité ».
Un Dieu qui fut le tournant de sa vie.
Et la première mort de Betty Page.
 
Alors qu’elle est au faîte de sa gloire, en 1959, elle abandonne tout pour s’en revenir activement à la foi chrétienne.
Elle jette ses bikinis en peau de léopard, ses talons hauts et ses bas nylons, elle quitte la scène.
On ne la reverra plus exhiber sa silhouette divine en couverture des revues.
 
36 ans.
C'est aussi l'âge auquel Marilyn « s'évapore » définitivement.
Marilyn et Betty...
Norma « Jean » Baker en hommage à Jean Harlow.
Betty « Mae » Page en hommage à Mae West.
Deux filles à qui leurs mères ont légué le lourd fardeau de rêves hollywoodiens inassouvis.
 
On refuse à Betty Page de devenir missionnaire car elle est divorcée ?
Elle rejoint alors l’évangéliste Billy Graham, puis se réfugie dans des groupes de plus en plus méconnus, ne donne plus aucun signe de vie à quiconque croisa son chemin d’idole.
 
Pendant quelques années, le temps fait son œuvre et on l’oublie.
D’autres pin-up arrivent au devant de la scène.
 
C’est dans les seventies que va se créer un véritable culte autour de sa personne avec des clubs, des publications.
Bref, un véritable « Revival  Betty Page » en pleine décennie de liberté sexuelle tandis que celle qui est l’objet de tant d’attentions est bien loin de ce tumulte et entame, dans l’ignorance de tous, sa descente aux enfers.
 
De plus en plus convaincue de son approche de Dieu, Betty disjoncte : elle force sous la menace les enfants de son troisième mari à prier Jésus et en arrive à un nouveau divorce.
 
Son dernier chemin, ensuite, n’allait pas être semé de roses : de caravanes louées en hébergement pire encore, de délire en hallucinations, la dérive continua.
Et au bout de la route en chute libre, Betty Page fut hospitalisée durant 10 ans pour une très sévère dépression psychotique (elle avait agressé par deux fois des personnes avec un poignard).
Folle. Aussi folle que le meurtrier de l'autre « Betty », que l'assassin du « Dahlia noir ».
Faut-il voir dans cette démence un retour des traumatismes de l’enfance ?
Et la seconde mort de Betty Page ?
 
Libérée en 1992, elle revient vers le monde public, donnant quelques interviews sans jamais accorder une seule photographie à ceux qui la rencontraient.
Refusant alors de montrer d’elle l’image d’une vieille femme -« Ça me rendrait triste », affirmait-elle- elle assurait ainsi sa légende pour la postérité, celle qui commence dès aujourd’hui avec la troisième mort de Betty Page, la vraie mort de Betty Page, celle qui nous attriste tant puisque nous savons que, dans son dernier entretien en 2006, elle avait confié « vouloir devenir centenaire »…
 
So long, Betty…
                                                
 
 
PS : Et pour compléter
1) Quelques vidéos (dont l’une des fameuses scènes de bondage) à aller voir vite ici sur le site du Nouvel Observateur car elles ne resteront pas indéfiniment en ligne.
 
2) Et, , le site de la BD « Pin Up » : Le « modèle » du « look » de Betty Page avait été « Miss Lace », une pin up un peu cruche, héroïne d’une bande dessinée de Milton Caniff  créée pour les Armées Américaines en 1942-43.
Il est juste qu’à son tour, Betty ait été la muse de « Bédéistes ».
Entre autres, en France, Berthet et Yann (Philippe Berthet et Yann Le Pennetier) se sont très largement inspirés de ses photos les plus célèbres pour leurs albums « Pin Up » chez Dargaud.
("Skiper" l'intro puis sur la page suivante cliquer « Pin Up » dans le menu du bas et sélectionner « Betty Page » pour voir une à une les planches tirées des photographies de Betty et le cliché original).