AURORAWEBLOG Larmes de sang, dessin de Trevor Brown.

Dessin © Trevor Brown.

 
 
 
Vomir, si cela avait été possible.
La seule chose qui aurait pu la soulager.
Mais elle ne pouvait même pas bouger.
Ce coup de téléphone de douze secondes débité de façon monocorde par une voix féminine qui semblait être synthétique et lire une phrase sur un papier.
Une phrase qui énonce une excuse qui ne tient pas debout.
Une femme « chargée de mission ».
Douze secondes, un coup au cœur. Souffle coupé. Extrasystoles.
Elle se sentait comme menottée au radiateur.
Vieux souvenir d’époques désormais révolues.
En fait, aujourd’hui, elle ne servait plus que de chien de garde à une maison de poupée toute délabrée.
Elle se rappelait bien et se passait en boucle toute la séquence des mots mensongers qui avaient volé à travers la pièce et brisé les miroirs, déchiré les rideaux, vidé les armoires.
Poignée de la porte brisée. Qui pourrait dorénavant oser en franchir le seuil ?
Poignets fracturés. De toute façon, nulle main ne se tendrait plus jamais.
Fatiguée, épuisée.
Des actions qui entraînent des réactions en chaîne.
Des fourmis sur le parquet. Non, dans les doigts. Paresthésies dans chacun de ses membres en vérité.
Ses chevilles étaient attachées à la chaise. Non, ça, c’était autrefois.
A cette heure, c'est une paralysie momentanée lui faisait éprouver ce froid, cette pesanteur.
Revoyant dans ses méandres cérébraux des images qu’elle n’aurait jamais pensé avoir pu y emmagasiner et les interrogeant, elle ne trouvait que des réponses « par défaut ».
Probablement qu’il lui aurait suffi de s’asseoir sur les murets du jardin et de regarder les rats courir beaucoup plus tôt pour ne rien ignorer mais elle n’avait jamais été une athlète de la méfiance.
Et là maintenant, dans la pièce, rien, pas même une lame pour se passer entre les cuisses « par défaut » ou in memoriam.
Son corps portait des cicatrices qui racontaient des histoires.
D’appendice. Ou de fin.
Elle allumait une cigarette après l’autre et laissait retomber les cendres dans le vide.
Il y avait des traces d’amour dans tout l’appartement. Des particules.
Elémentaires.
Accélérées.
Mais aucune d’entre elles ne serait jamais parvenue à abattre le mur des larmes.  
Et de la souffrance.
La souffrance, pas la douleur.
La souffrance.
 
Onze septembre. 20h47 précises.
Douze secondes indiquées sur le portable, pas une de plus.
 
La possibilité des îles ?