Premier mai, muguet!

Photo © Giorgio Venturini

 
        
“Il potere  agli operai, no alla scuola del padrone,
Sempre uniti vinceremo, viva la rivoluzione.”
Canzone di Valle Giulia* (Alfredo Bandelli).
 
 
 
Je regardais, il y a quelques heures, le documentaire de Arte « 68, année zéro ».
Il ne repassera pas mais ceux ou celles qui l’ont manqué et qui seraient intéressés peuvent le voir sur le site web de la chaîne pendant les sept jours à venir.
 
Je l’ai trouvé en tous points remarquable.
Arte a scindé ses soirées consacrées aux événements de 1968 en deux thèmes : la « révolution » politique et la « révolution » sexuelle.
C’est à la première catégorie que celui-ci appartenait et c’était de loin le meilleur de ce qui a été diffusé jusqu’ici.
Evitant l'écueil de nous ressasser -procédant ainsi à l'enterrement de première classe que notre cher Président souhaiterait- les habituels documents avec les mêmes images des leaders honnis de l’époque (honnis aujourd'hui parce qu’ils ont tous peu ou prou retourné bien vite leur veste), le film montrait la trajectoire de quelques témoins lambda de cette année-là et de celles qui suivirent (jusqu’à nos jours) : deux Français, une Allemande, une Italienne et deux « Tchécoslovaques ».
 
En les écoutant à la veille du premier mai, me venait cette réflexion qui me tient particulièrement à cœur au fur et à mesure que le temps passe.
Le fait d’avoir en moi cet érotisme BDSM, hors norme donc, ne m’a jamais posé de problème en ce qui concerne le tabou sexuel.
Je n’en ai jamais eu honte, je n’ai jamais désiré renoncer, mettre sous le boisseau cette partie de moi si peu conventionnelle.
En revanche, j’ai eu (et ai de plus en plus) vraiment du mal avec le mot « soumission ».
Je sais que, malgré moi,  j’entends tout d’abord dans ce substantif son sens social et politique.
Je n’y peux rien, c’est ainsi et sous cette forme, il ne me va pas du tout.  
C’est sans doute pour cela que je lui préfère celui de masochiste, qui n’a pas une telle connotation.
 
Dans le documentaire, un ouvrier de chez Peugeot racontait à peu près en ces termes ses "débuts" avant sa prise de conscience de classe et son adhésion à un syndicat :
« On ne bavardait pas trop de ça alors parce qu’on se méfiait des chefaillons, ils venaient dès qu’ils voyaient un groupe et disaient -Vous êtes payés pour travailler, pas pour garder les mains dans vos poches- et on regardait tous si on n’avait pas les mains dans les poches. Soumis, quoi… ».
Quant au mot « soumission » lui-même, il revenait à plusieurs reprises dans le film comme un constat et comme le refus de ce constat.
 
68 est très loin mais je ne suis pas pour autant convaincue qu’il ne faille pas changer la société.
Je dirai même que cela devient une urgence.
Et qu’il n’y a aucune place pour la soumission.
Soumise, je ne le serai donc jamais.
 
Quant au monde BDSM et si tant est que j’y sois « classable » comme soumise, alors, je ne pouvais être que celle de M.
Non que nous soyons un couple modèle et exceptionnel qui aura toujours vécu sans tensions et reproches, loin de là !
 
Mais une chose est sûre.
C’est avec lui et avec lui uniquement que je pouvais vivre une relation de type BDSM qui s’inscrive dans la durée.
Parce que nous partageons exactement les mêmes opinions et les mêmes combats, il est un doute qui ne m’effleurera jamais : celui qu’il mette derrière l'acte de « domination » -même de la manière la plus infinitésimalement larvaire, même inconsciente de chez Inconscient- une autre acception que celle de l’Eros.
Et cela, pour moi, c’est tout.
 
Allez, bons défilés et bon muguet à vous.
Mai 2008 ?
Il y a du pain sur la planche.
 
 
 
 
 
"Chanson de Valle Giulia" - diffusée pendant l'émission :
« Valle Giulia » (et la violente confrontation étudiants-policiers qui s'y déroula le 1er mars 1968) est considérée en Italie comme l’équivalent de notre mai de la même année.