I COMME INNE OU ACQUIS ...

 

Il y a une bonne décennie que des scientifiques au nom de fumeuses théories concoctées par leurs collègues américains firent à une ou deux reprises la une de grandes revues de science françaises pour affirmer avoir établi que l’homosexualité venait d’un gène….

Cette funeste ânerie a été depuis ensevelie sous des tombereaux d’autres inepties sur d’autres sujets et elle ne fait plus honte aujourd’hui ( du moins je l’espère) qu’à ceux qui osèrent l’émettre….

Néanmoins, si l’on a abandonné l’idée de l’inné, celle de l’acquis tient toujours le haut du pavé…. On explique toujours Yves Saint-Laurent par sa mère, Jean-Paul Gaultier par sa grand-mère et j’en passe.

Curieusement, on parle très peu de la genèse lesbienne…Où seraient donc les pères ?, (MDR !)

Et surtout on ne dit jamais qu’à l’âge où l’on se « sexualise » il arrive peut-être que par goût, par attirance, par affection, par amour même (puisqu’on reconnaît aujourd’hui à nos bouts de choux le droit d’être amoureux dès la maternelle) on puisse simplement être séduit définitivement par des personnes du même sexe que soi. Ce serait pourtant si simple et, je crois, si proche de la vérité.

 

Il y a un an, je me suis faite éjecter (le mot est faible) d’un forum BDSM pour avoir défendu l’idée que les deux tendances, Dominateur et soumise, ne provenaient pas fatalement d’une enfance maltraitée….

L’idée de départ était venue de la notion de résilience : le Dominateur se serait ainsi remis de ses malheurs enfantins en les assumant et en en prenant acte à travers sa Domination, tandis que le (la) soumise les aurait, elle, sublimés en choisissant de les revivre d’une manière idéalisée.

Comme je m’opposais à ce bla bla, on m’a assommée (là, le mot est à prendre au sens figuré) à coups de bibliographies, l’une a saisi les mânes des psychanalystes, l’autre les récents travaux de l’étiologue et les suivants ont approuvé béatement. Puisque c’était dans les livres, il fallait bien que ce fût vrai !

 

J’en suis, un an après, au même point ; Il est probable que cette démarche soit bien celle de quelques cas mais je maintiens que fort heureusement tous les enfants maltraités ne deviennent pas des adultes maltraitants ou victimes, la résilience ayant bien d’autres moyens de faire son œuvre…Même sans passer justement par des années de divan….Ce n’est d’ailleurs pas parce qu’Henri Le Quatrième fut baptisé d’une goutte de Jurançon sur ses lèvres qu’il devint le Roi de France le plus pochtron….

 

Et puis, ce qui me gênait dans tout ça, c’est que cela expliquait les tendances BDSM par la névrose.

Dieu sait que je suis névrosée mais certainement pas dans ma sexualité.

 

J’ai eu et je crois l’avoir écrit  déjà une très heureuse enfance ; si j’ai aujourd’hui de très graves problèmes avec mes parents, ils ont commencé lorsque j’avais vingt-cinq ans et depuis fort longtemps ma sexualité était structurée, telle qu’elle est ;

 

Quant à M., il a un souvenir extrêmement attendri de sa mère et un père âgé tout à fait vaillant et ouvert…

Rien n’a cloché chez nous avant donc…

 

 

Alors, rien d’inné, rien d’acquis.

Juste, à l’âge de se constituer le viatique qui va fonder notre vie érotique, des rencontres avec des images ( souvenez-vous d’ « Angélique et le Sultan », elle dut en déterminer, elle, des vocations de fouetteurs), des mots ( il y en a des livres d’amour absolu même pour les très jeunes filles, je pense par exemple aux « Hauts de Hurlevent » qui vous emportent pour toujours vers des Heathcliff ombrageux et sévères….).

 

Alors, non, mille fois non, ce n’est pas une petite fille maltraitée qui vient me tendre son miroir pour m’y montrer en soumise….

 

Qu’une petite fille joyeuse de jadis vienne me l’apporter pour qu’une femme heureuse puisse s’y contempler me va déjà beaucoup mieux…..