AURORAWEBLOG Frank Luzian York Nude on a chair

Tableau © Frank Luzian York

 
 
 
Voici encore une autre version de la fin d’une relation.
S’il y avait des catégories sur ce blog, elle serait à insérer parmi les textes qui, dans le même ordre d’idée, composent les « Fragments d’une histoire de mâl(e) amour »…
 
Ceci étant un récit entièrement fictif, bla bla, bla bla, toute ressemblance, bla bla, bla bla, personnes vivantes ou mortes, bla bla, bla bla, purement fortuite.
 
 
Oui, il y eut des télescopages, des moments où nous nous sommes vraiment rencontrés, violemment certes et quelquefois même érotiquement avec violence.
Mais rencontrés vraiment, Lolargentine.
Comme tu le voulais. Dominant et soumise.
Lolargentine.
Laisse-moi te donner ce nom…
Et repenser à ces instants est pour moi un apaisement qui me permet de me dire que tout n’a pas été perdu même si, dès le début, je savais que de nous deux ne naîtrait rien.
 
Il est des sommets tellement inatteignables qu’ils ne valent pas la peine de s’encorder pour s’y attaquer, tant l’on est sûr que l’on va dévisser et que ce sera la catastrophe.
J’ai cherché de mille façons à te décourager de tenter l’ascension.
J’y suis parfois parvenu et je ne compte plus le nombre de fois où tu t’en es allée.
Où tu es revenue.
Mais le plus souvent tu me mettais au défi, tu me tendais des pièges sans merci et combien de soirées se sont terminées avec des boutons arrachés qui volaient comme des projectiles jusqu’aux murs de la chambre.
 
Hélas, après avoir fait l’amour, il y avait toujours une terre inconnue et glacée à traverser, ce que l’on nomme un no man’s land, un espace qui s’entrouvrait et qui engloutissait tout, comme un trou noir.
Semblable à celui des origines.
Ou plus simplement cette minute où nous nous retrouvions, tournés sur le côté à laisser nos regards se perdre dans la nuit, avec les paumes des mains vides -aussi vides que nous- et posées sur les draps, à écouter encore, là, tout près, se prolonger le souffle rapide de l’autre, à aspirer un peu de sa tiédeur humide.
 
Lolargentine, je sais combien tu t’es battue pour moi.
La lutte que tu as menée pour ne pas reconnaître l’issue inévitable.
Et il faut que tu en sois consciente maintenant : derrière chacune de mes dénégations se cachait le fait que moi aussi je t’ai aimée à la folie.
 
Incompatibles, inconciliables. Séparés par des années-lumière. Pourtant tu y as cru et tu as combattu avec toutes les armes que tu avais : une simplicité naïve, une sensualité inouïe, toujours offertes dans leur objective puissance et sans jamais une once d’hypocrisie.
 
S’en vint le temps, Lolargentine, où le soir tu regardais l’écran télé, morose, insatisfaite, appuyée sur un coude tandis que je lisais un livre et que je ne possédais plus ni le goût, ni l’enchantement pour répondre à tes désirs.
No sex tonight, no sex tomorrow. No more sex.
 
Lolargentine, si je t’appelle ainsi, c’est que l’envie de voyager a fini par te reprendre. Ou par te prendre pour de bon.
 
J’ignore à quel moment tu as baissé les bras et jugé notre cause perdue.
Je n’ai pas entendu ce tic tac à la montre de ton corps, celui qui te disait qu’il te restait bien peu de temps pour espérer encore un voyage, sans doute un ultime voyage.
J’imagine cependant comme il t’aura été cruel et désespérant de songer que tu allais t’en retourner vers ces rivages que nous appelons ceux de la normalité.
Je ne sais pas non plus -et je ne crois pas- que, si je l’avais senti, j’aurais eu la force ou la volonté de faire quelque chose pour t’en empêcher.
 
Alors, tu es partie.
Avec le vœu d’une autre ascension. Quelle qu’elle soit. Mais qui efface la tiédeur qui, désormais, nous enlisait, nous ensevelissait.
 
S’il m’arrive de penser à toi, Lolargentine, je t’imagine un peu mélancolique, enveloppée dans le halo faible de la lumière du soir qui tombe sur une ville et je voudrais au moins pouvoir être certain que quelqu’un a son bras autour de ton épaule et qu’il laisse s’attarder sa main sur la pointe de ton sein -et non que tu n’as pas eu d’autre chance et que tu es restée figée dans la profondeur de ce vide, la seule chose que nous ayons, moi et toi,  été capables de concevoir…
 
 
 
 

 

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