AURORAWEBLOG Gustave Courbet L'Origine du Monde 1866

                          Auguste Belloc Une vue stéréoscopique BNF Eros au Secret L'Enfer de la Bibliothèque

                            1-« L’Origine du Monde » Gustave Courbet © Musée d’Orsay
                            2-« Vue stéréoscopique » Auguste Belloc © BNF
 
 
 
 
 
Quelques jours pour une promenade hivernale et glacée entre trois expos.
 
J’en élimine une d’emblée, celle du bicentenaire de la mort de Fragonard au Musée Jacquemart-André (pauvre et bien décevante par rapport aux œuvres annoncées à l’avance dans quelques revues pour le moins mal informées) et tente un lien entre les deux autres, Courbet au Grand Palais et l’ « Eros au secret » de la BNF.
Si Courbet est le peintre immense que cette exposition réhabilite enfin dans toutes ses dimensions, s’il faut aller le visiter sans hésiter pour comprendre ce qui se cachait derrière le regard halluciné du « Désespéré » -l’autoportrait qui ouvre le parcours- c’est bien sûr sa toile « L’Origine du Monde » que je choisis, moi, comme point de départ.
 
Présentée sans effet particulier (et c’est ce qui convenait pour laisser à Courbet l’ensemble de ses facettes) dans une rotonde, elle est entourée de ses deux caches : un autre tableau de Courbet, le paysage du « Château de Blonay » et le plus anecdotiquement célèbre, celui que Lacan -un temps propriétaire du sulfureux tableau- fit réaliser à cet effet par le peintre André Masson…
Il semblerait que « L’Origine du Monde » ne soit pas le titre donné à son tableau par Courbet lui-même. Il semblerait cependant que ce titre défraya tout autant la chronique -en ce qu’il avait d’impie- que le sujet que la toile dévoilait avec autant de réalisme (Courbet avait pourtant horreur qu’on le qualifie de « peintre réaliste »).
 
Il n’est au fond de représentation plus pure du sexe féminin que celle-ci dans ce qu’elle a d’abrupt et de sans artifices. Cela semble évident à la regarder aujourd’hui.
On note au passage avec un sourire attendri la toison, celle que le BDSM honnit tant qu’il débarrasse la soumise de ces poils honteux, la renvoyant étrangement à son état de pré-pubère (j’ai récemment noté qu’en ces dix dernières années, la vergogne du poil gagne peu à peu les hommes -et même ceux qui se disent « maîtres »- deux sur trois d’entre eux arborant la mention « épilé » sur leurs profils de t'chats).
On sait ce que j’en pense, moi qui ne supporterais pas de toucher un non-velu et qui garde précieusement ma « chevelure » pubienne.
 
C’est justement de ce sexe féminin et de ses poils que je ferai le point de jonction entre Courbet et « L’Enfer de la Bibliothèque ».
Les deux expositions « montrent » des « photographies obscènes pour stéréoscope » d’Auguste Belloc, saisies lors d’une descente policière en 1860 qui fit que -de plus de 5000 images de cet obsédé de l'objectif- n’en subsistent plus de nos jours que 24 à la BNF, laquelle en a généreusement prêté trois au Grand Palais pour indiquer dans quel contexte « L’Origine du Monde » a sans doute trouvé…son origine.
 
Pourquoi sont-elles « obscènes » ces images prises par Auguste Belloc ?
Si l’idée de la vision d’un sexe ne suffisait pas déjà à les rendre telles, il faudrait encore dire qu’alors, ce genre de « vues » se réalisait chez les dames de petite vertu en ces lieux qu’on nommait des bordels…
 
« Eros au secret » n’est pas un « bordel », même au sens figuré.
« L’Enfer » n’est qu’une « cote », mot connu des bibliothécaires et… des bibliophiles.
L’exposition de la BNF est remarquablement organisée.
Sur un fond feutré rose et surtout rouge (c'était la moindre des choses pour l’Enfer que de choisir de le faire apparaître dans ce rouge-là), elle nous offre salles et cabinets de curiosités où, effectivement, les vitrines tiennent une bonne place.
L’œil est sollicité pour lire et voir, ne serait-ce que quelques images du film « Histoire d’O », dans le boudoir dédié au « roman de flagellation » -qui fut un « genre littéraire » (bien avant la conception de l’acronyme BDSM) entre la fin du XIXème et le début du XXème, j’avoue que je l’ignorais- genre que ne bouda pas, sous différents pseudos, le bon Pierre Mac Orlan…), l’oreille pour écouter extraits de Baudelaire et de Verlaine…
 
On peut se jouer son itinéraire en solo.
Entre livres et « Oh ! » et « Ah ! » car il y a bien des choses que l’on ne pensait pas voir ici puisqu’on peut les trouver depuis des lustres  en éditions scolaires à la librairie du coin…
Entre livres rares et photos car il n’est pas qu’Auguste Belloc à se laisser "regarder" ici et les albums de collectionneurs érotomanes en disent long eux aussi sur…la vertu aphrodisiaque de la toison que le BDSM oublie…
Entre livres précieux dans leurs éditions originales (trois pour le seul Sade) et foultitude d’estampes japonaises qui eurent leur « belle époque » parmi les amateurs éclairés français.
Entre livres inconnus et illustrateurs aimés comme Félicien Rops...
 
On peut aussi faire un parcours plus « pédagogique », lié à la chronologie.
Pour le rendre moins sérieux, il faut alors se mettre dans la peau de l’héroïne du fameux « Thérèse philosophe » qui serait en soi un bien bel emblème pour cette exposition.
Le XVIIème et le XVIIIème siècle se visitent sous l’égide des "personnages" puisque ce sont deux siècles où par crainte de la censure, des procès et de la prison, les auteurs publient clandestinement.
Le XIXème est celui des "éditeurs" et de quelques beaux scandales (Poulet-Malassis et « Les Fleurs du Mal »).
Et enfin, le XXème ou celui des "auteurs" -et quelquefois de leur visage de Janus- Bataille en très conservateur... Conservateur de la Bibliothèque d’Orléans, Aragon ne signant pas de son nom « Le con d’Irène ».
« Con » qui n’était pas… sans toison !
 
 
 
 
PS :
1) Courbet au Grand Palais : du 13 octobre 2007 au 28 janvier 2008
2) La publication de la BNF à l’occasion de l’ « ouverture » de son « Enfer » :
« L’Enfer de la Bibliothèque, Eros au secret » sous la direction de Marie-Françoise Quignard et Raymond-Josué Seckel, 464 pages et 150 illustrations - (38 euros).