Erich Von Götha Les malheurs de Janice

                     Dessin « Les malheurs de Janice » © Erich Von Götha
 
Nouvel hommage à l’art de Erich Von Götha…
 
  
I
 
Je suis comme les aiguilles de l’horloge à compter le vide de Ta respiration avant que Tu ne sois à nouveau présence, Toi qui dors et que je regarde dormir.
Je suis comme une poupée désarticulée, posée là sur la table dans l’attente du marionnettiste. Je suis étendue, désordonnée dans la pose, et mon visage s’annule dans les plis du coussin.
Je suis abandonnée et fière, le corps maintenu par les cordes d’une pensée provisoire : la mienne s’en est allée, juste à côté, me commander la transparence.
Je suis dans l’inconsistance que ramifie l’absence de Tes liens, dans l’imperfection plastique d’une vitre qu’ailleurs, on dirait « aquarium ».
 
II
 
Je suis dans le vide de toute décision, cela me serre la poitrine et ce nœud me retient qui m’évite la chute.
Je suis le cobaye d’un laboratoire clandestin, utile à Tes fins, prisonnière volontaire de ma nature élue.
Je suis dans le vertige d’un moment qu’on nomme « maintenant », perdue dans le mutisme pénétrant de ce coup de gong qui se doit de venir.
 
III
 
Je suis dans la continuité de la demande, avec le sexe ouvert, avec ces plis qui s’offrent à Ton regard, dans le désir de me faire eau, superficies sableuses et salées, coraux rouges qui ne demandent qu’à poindre si Tu m’amènes à l’indécence.
Je suis avec le tic tac de mes talons à Te dire les battements de mon cœur à chaque pas et mes mamelons qui se dressent, guidés par la nécessité de Te servir de phares pour que Ta main, bien vite, m’enflamme encore plus bas.
 
IV
 
Je suis dans le miroir avec mes yeux qui contrôlent le rouge de mes fesses et Toi qui souris, je ne sais si c’est d’ironie de me surprendre en fraude ou bien de ce plaisir des carrefours de l’aube.
Je suis avec mes mains posées sur mon derrière et je cache derrière des noisettes de crème l’irrévérence  consentie, je calme avec des compresses blanches de promesses chaque hématome qui commence à naître, chaque douleur acceptée pour connaître le fond de Ta/ma jouissance.
 
V
 
Je suis ainsi et je demeure intacte, me berçant de la danse endiablée de l’horloge, exultant dans un recoin de ma pensée à l’idée que je fus ce corps abandonné, démembré et soumis qui m’ancre à nos vies.
Je suis inconditionnellement là, à renouveler sans trêve Ton besoin de me jouer.