BDSM Littérature Culte de l'Erotisme Petra Raguz Editions Blanche

                                                Photo © Editions Blanche
 
 
 
La littérature érotique (la littérature érotique BDSM incluse) est à la fois un genre et... un problème.
C’est même un drôle de casse-tête.
 
On pourrait parler de littérature érotique majeure, mais là, il n’est plus besoin de rajouter « érotique », cela devient alors de la littérature tout court. Très subjectivement, je citerai Anaïs Nin ou Pieyre de Mandiargues. A ces auteurs-là, on laisse même sans sourciller leurs pages pornographiques (je pense à Henry Miller notamment).
 
Et à côté, il y a la littérature érotique mineure.
Ce qui la caractérise, hélas, c’est de pouvoir virer, au détour d’une ligne, au roman de gare de dernière catégorie.
Rien ne lui peut être pardonné si elle manque de talent. Ses situations tourneront tout de suite au déjà-lu, sa pornographie à celle pour sex-shop.
 
Depuis quelques années, tout ce qui paraissait dans cette veine de l’érotisme mineur ne méritait pas d’être chroniqué. Par bonté d’âme.
 
Or, voici qu’en ce mois de novembre, les Editions Blanche nous font l’heureuse surprise de publier « Culte de l’érotisme », récit-roman de Petra Raguz paru en Allemagne en 1999, illustré alors  par Tomi Ungerer, qui arrive ainsi enfin en France.
L’auteur, née à Karlsruhe en 1959, habite aujourd’hui Strasbourg.
 
« Culte de l’érotisme », je le dis d’emblée, n’est pas un chef d’œuvre mais, en ce qui concerne le BDSM, c’est ce que -je crois- il y a de mieux à lire aujourd’hui dans ce cadre d’une littérature érotique mineure.
Il n’aurait d’ailleurs manqué à l’auteur qu’un peu de style pour que ce livre fût vraiment excellent.
 
Le thème tiendrait en deux lignes : pas d’ « histoire dramatisée », pas de pathos.
Seulement des rites et un véritable culte -sinon une culture- de l’Eros.
Un Eros joyeux et complice.
La narration du chemin vers un érotisme toujours plus abouti entre un homme et une femme qui peuvent se nommer indifféremment le Maître et l’élève, le Maître et l’esclave, la nouveauté de ton dans ce récit d’initiation tenant dans la parfaite égalité qui transparaît à la fin entre les deux protagonistes et -pour un livre du domaine BDSM- c’est quasiment une révolution !
 
La forme du texte est, elle aussi, très originale.
Chaque partie s’ouvre sur un court paragraphe quasiment philosophique sur le rituel de ce « culte » de l’érotisme qui va s’accomplir dans les pages suivantes.
Ce paragraphe est suivi d’un dialogue entre le Maître et « l’apprentie » puis du récit des gestes et des ressentis.
Et ainsi de suite, partie après partie.
Chemin faisant…
 
Si l’on n’échappe pas aux clichés traditionnels qui ont déjà fait catalogue dans d’autres livres traitant du BDSM, il y a dans celui-ci de réelles scènes chargées d’émotion intense comme celle d’un baiser donné longuement au pied de l’homme, baiser qui est en soi un véritable acte d’amour.
 
Un beau livre que je recommande sans souci, tant le « message » qu’il porte est symbole de renouveau dans la façon de concevoir le rapport entre maître et soumise.
 
 
« Il ne faut pas oublier l’aspect rituel de l’érotisme. Nous avons à créer un culte qui se célèbre d’abord sur soi-même. Ce que nous cherchons, c’est le partage, la traduction des échanges dans l’égalité. »
Petra Raguz - Culte de l’Erotisme - Editions Blanche - Novembre 2007.