BDSM Histoire D'O Pauline Réage Film Just Jaeckin Corinne Cléry

 

Si j’ai « eu vent » de mes inclinations BDSM à quatorze ans en lisant Mandiargues, je n’ai pu mettre un nom sur celles-ci que deux ans plus tard, lorsque j’étais en classe de terminale et que, pour un exposé sur « Jusqu’où peut-on aller par passion ? », mon professeur (une femme remarquable, de confession protestante et ancienne étudiante de Paul Ricoeur) me donna la bibliographie "littéraire" (je faisais une terminale "A" selon la dénomination de ce temps-là) d'accompagnement suivante : « L’Histoire d’O » de Pauline Réage, « L’image » de Jean de Berg,  les « Textes » de Thérèse d’Avila et « Belle du Seigneur » d’Albert Cohen.
D’un strict point de vue littéraire -et je sais que je vais faire hurler ceux qui ne supportent pas ce roman de Cohen- ce fut ce dernier qui m’emballa. 
Je « souffris » beaucoup à devoir lire Thérèse et évidemment, les deux premiers cités me firent entrer dans le monde qui allait être le mien.
Je leur rendrai ici grâce car je me demande comment j’aurais évolué si je n’avais pas pu me rendre compte que ce que je portais en moi dans un flou troublant avait une place dans l’âme humaine et un mot pour la désigner.
Aurais-je eu honte ?
Me serais-je toujours masqué volontairement ce qui m’attirait ?
Serais-je, dans ce cas, allée grossir les rangs des frustrés à jamais?
Je ne peux le dire. On ne revient pas sur ses pas.
 
C’est, bien étrangement, une intervention sur un autre blog que j’ai faite en ce jour au sujet de Jeanne de Berg qui m’a amenée à aller relire cet exposé.
Il est toujours agréable de rencontrer ce que l’on fut à seize ans.
Mais je m’aperçois que, malgré la bonne note que j’obtins, je passai alors complètement à côté du rapport qui était toutefois flagrant -mais qui ne m’apparaît que depuis quelques années et grâce à des interventions de commentateurs sur l’« AURORAWEBLOG »- entre « L’Histoire d’O » et Thérèse d’Avila : mêmes extases et même mysticisme.
Si toutes celles qui abordent au rivage de la lecture d’O le lisaient à travers ce prisme, sans doute qu’elles auraient moins envie de se « transcender » en cette O et que le SM (ou le BDSM), perdant sa pierre angulaire la plus douloureuse à porter dans la chaussure, pourrait enfin repartir sur d’autres bases…
Si la plupart des soumises aiment O (j’entends le personnage féminin O), je pense que très peu d’entre elles aimeraient Thérèse.
Et pourtant c’est un parcours identique, à une variante près : l’Eros d'un côté et la foi de l'autre.
« Marcher dans l’humilité » est le credo de la foi de Thérèse.
Quant à l’Eros D’O, c’est un Eros christique et c’est là qu’il y a beaucoup à dire de cette œuvre.
Non que je veuille la brûler mais seulement lui rendre sa vraie dimension.
Et non, définitivement non, « L’Histoire d’O » ne peut pas plus être la « Bible » (sourire) des soumises que « Le Lien » de Vanessa Duriès ne peut être le but à faire atteindre à (ou à attendre de) leurs « dociles » par tous les Dominateurs…
 
Puisque sur le blog dont je parle, au-delà de "l'authenticité" de son auteur, les périodes de censure que connut « L’image » de Catherine Robbe-Grillet (Jeanne de Berg) étaient sujettes à polémique, une autre idée me vient à cette heure à l’esprit.
Quel(le) prof de philo oserait aujourd’hui proposer pareille liste de lectures à une adolescente ? On imagine sans mal le tollé des parents…
Les miens (qui ont ensuite -hélas- bien mal vieilli de ce point de vue de la tolérance) n’avaient cependant alors trouvé rien à redire.
Je pourrais tabler sur leur confiance aveugle dans le corps… professoral ou sur leur ignorance mais ce second point n’était pas du tout d’actualité pour eux.
En l’année dont je vous parle (1979), le scandale autour de l’adaptation cinématographique de « L’Histoire d’O » datait déjà  de trois ans et, s’ils n’avaient pas lu le livre ni vu le film, ils savaient ce dont il s’agissait.
Ils n’empêchèrent rien.
Pas plus qu’ils ne m’interdirent de lire Sade (dont deux extraits de « Justine » figuraient dans mon manuel, inclus au chapitre sur « La liberté » et il s’agissait bien de la liberté dans le crime et non d’un Sade édulcoré)…
 
Aujourd’hui, Sade n’est plus dans les manuels de philosophie des terminales S ou ES.
Sur six livres de terminale L feuilletés ce jour, un seul propose huit lignes de Sade dans sa rubrique sur « Le Pouvoir » (extraites, on l’aura deviné de « Français etc . », la longue harangue de « La Philosophie dans le Boudoir »).
 
J’ai comme une impression que si la censure n’existe pas officiellement de nos jours, l’autocensure règne et qu’elle est bien plus pernicieuse.
 
Il en va de même avec le cinéma.
Qui referait aujourd’hui « Le dernier tango à Paris », « Les Diables » ou « L’empire des sens » -tous films de l’époque ici évoquée- sans connaître de problème ?
 
Il y a quelques semaines, Zootrope France m’a envoyé par l’entremise de mon alors-encore U-blog un dossier sur la sortie dans l’hexagone du film de Koji Wakamatsu « Quand l’embryon part braconner » film -semble-t-il - fortement connoté de BDSM (SM puisqu’il s’agit d’un film japonais) mais datant de… 1966.
Or, celui-ci est actuellement à l’affiche de fort peu de salles estampillées « art et essai » (je vais devoir attendre au moins le 24 octobre pour le voir dans ma ville et vous en parler) assorti d’une interdiction au moins de dix-huit ans, ce qui signifie l'arrêt de toute exploitation autre (pas de DVD et pas de vente possible à Arte qui était à l’origine intéressé pour sa troisième partie de soirée) et la « mort » de l’investissement fait par Zootrope dans ce film.
Qui voudra ensuite dans le circuit de la distribution tenter pareille aventure à fonds perdus ?
Le cinéma est en train de s’autocensurer aussi. Par force.
 
Une procédure d'appel est en cours devant le Conseil d’Etat.
Nous la suivrons attentivement.