BDSM Lectures Sade Correspondance

 

Il n’eut pas la tombe qu’il décrivait ici dans le cinquième paragraphe de son testament :

 

«  […] Je défends que mon corps soit ouvert sous quelque prétexte que ce puisse être. Je demande avec la plus vive instance qu'il soit gardé quarante-huit heures dans la chambre où je décéderai, placé dans une bière de bois qui ne sera clouée qu'au bout des quarante-huit heures prescrites ci-dessus, à l'expiration desquelles cette bière sera clouée. Pendant cet intervalle il sera envoyé un exprès au sieur Lenormand marchand de bois, boulevard de l'Égalité, nº 101, à Versailles, pour le prier de venir lui-même, suivi d'une charrette, retirer mon corps pour être transporté sous son escorte et dans ladite charrette, au bois de ma terre de la Malmaison, commune de Mancé, près d'Épernon, où je veux qu'il soit placé sans aucune cérémonie, dans le premier taillis fourni qui se trouve à droite dans ledit bois en y entrant du côté de l'ancien château par la grande allée qui le partage. La fosse pratiquée dans ce taillis sera ouverte par le fermier de la Malmaison sous l'inspection de M. Lenormand, qui ne quittera mon corps qu'après l'avoir placé dans ladite fosse; il pourra se faire accompagner dans cette cérémonie par ceux de mes parents et amis qui, sans aucune espèce d'appareil, auront bien voulu me donner cette dernière marque d'attachement ; la fosse une fois recouverte, il sera semé dessus des glands, afin que par la suite, le terrain de ladite fosse se trouvant réuni et le taillis se trouvant fourré comme il l'était auparavant, les traces de ma tombe disparaissent de la surface de la terre, comme je me flatte que ma mémoire s'effacera de l'esprit des hommes excepté néanmoins du petit nombre de ceux qui ont bien voulu m’aimer jusqu’au dernier moment et dont j’emporte un bien doux souvenir au tombeau. »


Fait à Charenton-Saint-Maurice, en état de raison et de santé, le 30 janvier 1806.

D.-A.-F. SADE.

 

Extrait du testament de Sade (né en 1740, mort en 1814).

 

 

La sienne, sise dans le cimetière de l’asile de Charenton, fut ouverte et saccagée et de son corps autopsié malgré ses demandes, il paraît qu’il reste aujourd’hui seulement le crâne dans les collections d’un riche anglais ou allemand…

Mais il est tellement de légendes autour de Sade…

 

Nous avons voulu cueillir le soleil de nos derniers jours de liberté avant la rentrée du côté de Lacoste (autrefois La Coste) en Provence où il posséda un château familial.

C’est à notre album de photos encore vacancières que vous aurez droit ces soirs-ci.

 

Au commencement de notre envie, il y eut un livre, celui-ci, lu au cours de ces derniers mois (ce n’est pas un roman que l’on lit d’une traite) : « D.A.F de Sade - Lettres inédites et documents retrouvés par Jean-Louis Debauve » publié en 1990 aux Editions Ramsay – Jean-Jacques Pauvert avec une préface de Annie Le Brun.

Livre étonnant à plus d’un titre parce qu’il vient compléter les autres correspondances précédemment publiées du Divin Marquis et que pour les trois-quarts, il est constitué de missives adressées à des avocats et notaires qui gérèrent au plus mal les intérêts de Sade qu’il soit libre ou emprisonné. On y apprend toutes les péripéties qu’il connut pour se procurer de l’argent, argent qui lui était dû et cela ne fait que rajouter au sentiment de malchance et d’acharnement qui plomba sa vie entière.

 

Si nous osons espérer qu’aujourd’hui le seul nom de Sade ne provoque plus de bouffées d’horreur à sa seule évocation, il reste néanmoins le fait que le Marquis n’est guère apprécié si ce n’est d’un cercle de lecteurs plutôt intellectuels.

Les amateurs BDSM ne le prisent guère. Pire encore : ne le lisent que peu et le comprennent, semble-t-il, encore plus mal que les autres.

Bloqués peut-être par une « parenté » qu’on pourrait leur trouver avec lui.

 

Sade n’est pourtant pas homme dont l’on ait à avoir honte : il n'était pas « sadique », il était « sadien » !

Et au-delà de l’excès des situations  de violence imaginaire foisonnant dans ses textes, il est l’un des meilleurs écrivains français et sûrement le plus grand des libertaires que le XVIIIème nous ait donné.

Si l’on peut discuter à l’infini sur le fait qu’il soit ou non pornographique, une chose est assurée : il est en tout cas politique.

 

Et sa poisse vient sans doute de là.

Sur ses trente années de prison, il en doit bien la moitié à ses prises de position. Et le reste à sa belle-famille.

Les débauches de cet athée (qui furent bien minimes par rapport à ce qui est décrit dans ses œuvres et aussi lorsqu’on les confronte à celles, impunies, de quelques-uns de ses quasi contemporains dont, par exemple, le Duc de Richelieu et le Prince de Condé), son libertinage furent exploités par tous ses ennemis.

Qu’ils soient royalistes au début, révolutionnaires ensuite, bonapartistes enfin puisque Sade traversa et critiqua ces trois régimes.

 

D’où vient peut-être aussi le fait que nous, nous l’aimions tant.

Et que nous ayons voulu nous ensoleiller tout près de son ombre…