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BDSM - Choses vues, lues, entendues, vécues (été 2007).

 

 

VI - Amour, sexe et Internet (Calogero –Pomme C).

 

Merci à Rhalph qui a répondu à mon SOS technique de la semaine passée et sans lequel ni cette vidéo, ni du même coup cette note ne seraient là !

 

Non, le chanteur Calogero n’a rien de l’héritier naturel de nos grands auteurs compositeurs disparus (d’autant moins que le texte de « Pomme C », truffé de jeux de mots, qui figure en bas de cette note est de Zazie!) mais il se trouve qu’en cet été, son « tube » me paraît avoir le mérite de mettre le doigt sur la relation délétère qui existe entre amour et virtuel (le sexe et le virtuel, je m’en chargerai moi-même !).

 

Quant à savoir pourquoi j’écris ici sur ce sujet, c’est qu’il me semble que le BDSM par son besoin flagrant du virtuel a lourdement contribué -et continue de le faire- à cette évolution de la rencontre érotique erratique.

 

2007, amour année zéro.

Zéro quant au spontané si la chose passe par la voie de la Toile.

En cette nuit des étoiles filantes, j’aurais préféré parler de la Voie Lactée et de ces anciennes promenades à deux à la recherche d’une meule de foin pour les contempler et plus peut-être.

Je n’ajoute pas « si affinités » puisque j’ai la nostalgie de ce temps où les situations ne marchaient pas à l’envers et où l’on ne se retrouvait dans la paille que si les affinités étaient déjà là.

La rencontre via le Web, c’est exactement l’inverse.

Il ne faut donc pas s’étonner qu’elle naisse dans une euphorie bien plus grande que celle « par les voies naturelles » mais qu’elle montre ensuite aussi bien plus vite son visage décevant à l’heure où, comme on dit en italien, « les nœuds remontent tous au peigne ».

 

Cette année on a observé trois phénomènes : la croissance exponentielle des sites de rencontres et de leurs abonnés (à voir sur « Marianne » de la semaine), le comportement « goujat » de leurs adhérents (« Libération » : à découvrir ici) et la proportion non négligeable de personnes inscrites mariées (« Marie-Claire » : à lire en plusieurs pages là) sur ces espaces.*

 

Il est fort probable -sinon certain- que ce soient les mêmes personnes à être inscrites en divers lieux mais il n’empêche que cette vie virtuelle en plein essor laisse tout de même songeur surtout quand on sait qu’elle se double depuis peu d’une « vie virtuelle de la vie virtuelle » à travers les avatars de Second Life et que l’on attend là aussi un développement fructueux dans les ans à venir.

Jusqu'où ira-t-on?

Car rajoutons-y MSN ou un quelconque autre Messenger et on est à deux doigts de l’addiction.

 

Puisque je suis dans ma période grande sincérité (voir la note précédente), je rajouterai  que tout ceci me laisserait coite si, par ailleurs, je n’avais le sentiment que l’on n’a jamais aussi mal aimé, jamais aussi mal fait l’amour. Et jamais aussi mal vécu avec soi-même.

 

Le monde des blogs lui-même -celui auquel je vais m'intéresser ce soir- est désormais touché par le phénomène.

Si au début de sa « grande marée », les blogs de couples libertins furent immédiatement pléthore à mettre la dame en valeur, on n’y trouvait pas encore de blogs persos conditionnés par l’effet de séduction.

 

On drague maintenant  par l’intermédiaire de son blog.

En excluant d’emblée ceux des jeunes femmes qui font profession de modèles ou d’artistes, il faut bien reconnaître que le blog « exhib » se répand à la vitesse grand V.

N’importe qui étale ses photos et attend les réactions.

Elles apparaissent aussitôt, toujours en provenance d’hommes ou de femmes (ces dernières tenant le même type de blogs exhibitionnistes, elles ne sont jamais sans l'espoir d’un visiteur possible en plus : les « Tu es magnifique! » de nanas avec URL bien placée, ça entretient l’amitié féminine et l'audiblog par ricochet -quand l'une d'elle a un certain succès, il pourra rejaillir sur l'autre- « on da Web »…).

C'est que les messieurs passent chez leurs beautés favorites complimenter quotidiennement, plusieurs fois même, cherchant leur os à ronger puisqu’il y a toujours réponse de la part de ces exhib-blogueuses, réponses gentiment coquines, petites usines à fantasmes néanmoins…

Elles ont de plus créé une cour de privilégiés sur Messenger, ceux-ci s’en rengorgent et les autres attendent que, peut-être, un matin, ils soient à leur tour admis dans le cercle des intimes…

 

Quelques-unes de ces femmes sont mariées, pacsées.

Certaines ne se contentent pas de photos mais écrivent un peu aussi.

Elles font valoir leur liberté, l’étouffement ressenti au fond de leur couple après quelques années.

On ne sait si les compagnons sont ou non au courant. Certaines affirment que oui.

En tout cas, on ne les voit pas se manifester sur le blog de leur femme.

 

Y-a-t-il ou non aboutissement « sexuel »? Je sais que oui dans quelques cas, je l’ignore pour la plupart.

Mais on doit bien y trouver son compte puisque j’en ai même vu parmi les dernières auxquelles je m’attendais qui, après une rupture, ont très finement fait comprendre sur leur blog qu’elles étaient libres dorénavant.

 

Les hommes ne sont pas en reste dans cet « Eloge de l’infidélité » blogué.

Eux aussi draguent sec et, comme depuis la nuit des temps, avec moins de délicatesse que les femmes (bien que celles-ci soient désormais en train de les rattraper).

Là, la plupart du temps, la chose est claire : s’ils ne sont pas célibataires, Madame n’est pas au courant des multiples aventures (coup d’un soir ou histoire de quelques mois qui sent le roussi à la fin) qu’ils débitent en plusieurs épisodes hebdomadaires, histoires suivies avec passion par un public qui s’y reconnaît et répond par l’évocation des siennes.

En général, le fond est toujours le même : j’aime ma femme mais je la trompe car si notre entente morale est fastueuse, nous ne sommes pas/ou plus du tout en phase sexuellement.

L’auteur est la plupart du temps un quarantenaire : il écume tous les possibles mais restera à cause des enfants.

Tous les possibles, c’est de réaliser ce qui manque à l’intérieur de la sexualité du couple « Ma femme ne me fait pas ci, n’aime pas ça » (pas besoin de faire un dessin, ce sont toujours les mêmes fantasmes où l’oralité tient évidemment une bonne place).

On trouve donc cela ailleurs, on s’empêtre dans des liaisons qui « marchent » jusqu’à ce que le sentiment pointe le bout de son nez, réciproque parfois (commence alors la galère du « choisir entre elle et elle ») ou n’existant que du côté de la maîtresse qui, si elle est célibataire, devient soudain envahissante.

 

Nous avons là toutes les figures de style du bon vieil adultère bourgeois sans y changer un bémol si ce n’est le fait qu’on en parle. Et comme c’est « sur blog », on  en parle et on en écrit.

 

Empruntant à quelqu’un une phrase qu’il déposa ailleurs il y a bien longtemps, j’ai souvent dit ici au sujet des blogs que « l’écriture est un antalgique, pas une thérapie ».

Là est tout le problème.

Ecrire virtuellement pourra, tel l’antalgique, apaiser un moment.

Mais lorsque la souffrance se réveillera, elle appellera la répétition du remède.

Qui n’est pas, en l’espèce, l’écrit mais ce qu’on y raconte.

A l’heure où l’on confie par blog interposé ses affaires de Q, seule une nouvelle affaire de Q calmera les brûlures de la précédente.

Nous sommes bien dans l’ère du consumérisme palliatif.

Jamais l’on n’a autant consommé de médicaments et jamais l’on n’a autant écrit au moyen de la Toile.

 

L’analyse du schéma côté féminin dans les blogs évoqués tout au début (ce sont les femmes et non les hommes qui publient leurs photos) est sensiblement la même : manque d’entente sexuelle avec le conjoint mais surtout un très grand besoin de réassurance qui passe par la séduction.

Ce qu’on « lit » en transparence dans leurs weblogs, c’est ce besoin de se dire qu’elles sont elles aussi des stars, qu’elles valent bien telle ou telle vedette ou mannequin portée au pinacle par les revues.

Le troupeau d’admirateurs est là pour servir de chœur, assumant le rôle du miroir du conte : « Dis-moi que je suis la plus belle ».

Quand elles rencontrent  quelqu’un, les femmes mariées partent plus souvent que les hommes  même si cela demeure tout de même assez peu fréquent (toujours pour les enfants) et les maîtresses font, elles, le forcing qui réussit rarement et pleurnichent alors jusqu’à l'ivresse suivante avec… un autre casé.

 

Tout cela est bien triste.

Le cas le plus navrant qu’il m’ait été donné de lire est celui de celle qui ne part pas parce qu'elle n’a pas d’emploi, que l’amant est peu fiable et que le mari lui procure au moins la sécurité matérielle.

Je dois passer environ une fois par mois la lire, pensant toujours que c'est impossible qu'un peu de sel ne lui vienne pas en tête.

Et bien non!

En un an, elle n'a jamais eu l’idée -parmi tous ses larmoiements- qu’elle pourrait chercher un travail!

Mais elle s'exhibe en photos!

 

Et l’amour dans tout ça ?

On constatera qu’en 2007, ce sont bien la misère affective et sexuelle, le manque d’estime de soi qui sont véhiculés par l’Internet et que la profusion de sexe n’est que le rideau de fumée qui les cache précieusement sous des images de fantasmes XXL et des parfums enivrants de sextoys qui ne sentent, somme toute, que le caoutchouc ou le latex des marchés asiatiques qui les exportent.

 

Un rideau de fumée dangereux quelque part puisqu’il a tendance à faire croire à de fausses nouvelles « normes » qui fonctionnent comme des clichés ou des compétitions ne servant qu’à rendre encore plus seul(e), plus malheureux(se), plus frustré(e) : exaltation de toutes les tentations, culte de la performance, attentes disproportionnées face à l’autre et face à soi, délabrement de la notion d’amour au profit du coup de foudre ou de la passion (tous deux des leurres quand ils transitent par le virtuel), oubli de combien simples sont en définitive l’amour, le bonheur, le partage et la complicité au bénéfice d’une communication libidineuse frelatée.

 

Jamais sans doute ne s’est-on aussi peu aimé soi-même.

Internet permet seulement de s’en rendre compte et, loin d’entrebailler la porte vers une saine réflexion, il ouvre celle du narcissisme, du nombrilisme, de la revendication du « toujours plus » égoïste.

Comment alors aimer vraiment quelqu’un d’autre? Et dans la durée qui plus est ?

 

Etre sans cesse connecté à quelque endroit de parlote comble la solitude du « Je ».

Minauder pour les unes, baiser à couilles rabattues pour les autres évite de se poser les questions essentielles.

 

Et les médias qui voient le sexe par Internet triompher et marquer un Nouveau Temps dans l’Histoire de la Sexualité sont dans l’erreur.

Comme toujours.

A moins que, lois du commerce faisant foi, ils n’aient quelque intérêt financier à se tromper.

 

 

*Je précise que ma note n’engage que moi et n’a aucun rapport avec les articles cités, liens donnés ici seulement à titre informatif.

Je m’aperçois toutefois avec stupéfaction que, tournant autour des mêmes thèmes qu’eux, il ne m’a été nulle part possible dans ce post d’écrire le mot « fidélité ».

C’est lourd de sens.

 

 

En outre, je mets au clair ma propre situation face au Web :

Je n’ai pas Messenger et à l’exception d’une inscription (de couple et non renseignée) sur le site SensationSM où je passe une fois tous les deux mois quelques minutes afin de valider mon abonnement (SensationSM m’intéresse pour son riche annuaire de livres, disques et photographes ou illustrateurs d'art en rapport avec le BDSM) et d’une participation (silencieuse désormais sinon pour les sondages) à un forum BDSM étranger, je suis devenue injoignable sur le Net depuis plus de18 mois.

Je ne réponds pas aux mails (ceux de candidatures spontanées) que l’on m’envoie malencontreusement à cause de ces pages bloguées et je commente rarement sur  les commentaires de mon propre blog.

Autant dire que j’ai atteint mon but qui était de rompre avec le cercle vicieux des truchements virtuels qui auraient pu laisser croire que « j’étais sur le marché » d’une façon ou d’une autre…

 

 

Pomme C.

Auteurs : Calogero -Zazie
 
J'ai son image
J'ai son email
Son coeur au bout du clavier

J'ai son visage
Et l'envie d'elle
Sans jamais l'avoir touchée

Dois je sauver ?
Ou bien abandonner ?

Pomme, c'est un homme et une femme
Et c'est tout un programme
Un ciel artificiel
Pomme, qui m'allume et qui me quitte
On s'aime trop vite
Nos vies c'est le virtuel

Elle m'écrit
Mais mon écran
formate les sentiments

Mais j'imagine qu'une machine
Ne peut que faire semblant
Ma déesse Elle
N'est pas vraiment réelle

Pomme, c'est un homme et une femme
Et c'est tout un programme
Un ciel artificiel
Pomme, qui m'allume et qui me quitte
On s'aime trop vite
C'est le vi-c'est le virtuel.

Un peu d'amour, copié-collé
Un peu d'amour, pomme c
Un peu d'amour téléchargé
Un peu d'amour à sauver. à sauver.
Mais l'amour n'est pas virtuel.

Pomme, c'est un homme et une femme
Et c'est tout un programme
Un ciel artificiel
Pomme, qui m'allume et qui me quitte
On s'aime trop vite
C'est le vi-c'est le virtuel.

Dois je sauver
ou bien dois je abandonner ?