Couverture du livre de l'exposition Prenez soin de vous par Sophie Calle Editions Actes Sud

                Photo du livre « Prenez soin de vous » par Sophie Calle © Editions Actes Sud.

 

 

 

Parmi les 76 pavillons de la Biennale de Venise, c’est celui, rouge passion comme il se doit, de Sophie Calle qui a attiré notre visite la plus complète. Je voulais tout en voir.

Ce « Prenez soin de vous » déjà évoqué ici, quelle était sa structure en définitive ?

Une exposition certes, légèrement banale dans ce qui est le pur accrochage des photos et documents à première vue et puis non…lorsque l’interactivité s’en mêle et que le mail de la rupture est transformé jusqu’à la compulsion, l’obsession ou…l’art.

C'est là que toute la magie de la « mise en œuvre » du « commissaire » Daniel Buren opère pour magnifier Sophie Calle.

 

107 femmes sélectionnées de par leur profession pour 107 interprétations d'une seule lettre d'adieu.

 

« …………………………………………………….

Je ne vous ai jamais menti et ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer.

……………………………………………………....

J’aurais aimé que les choses tournent autrement.

Prenez soin de vous.

 

G »

 

Texte vu et revu. Texte lu et relu.

Lettre douleur, lettre malheur. Lettre couleurs.

Papier lustré, papier usé, papier lâché, papier mâché, papier craché...

Laissez parler le petit papier dans un tourbillon de voix, de sons, d'images, de formes...  

On en ressort sonné.

107 fois la même chose, 107 fois différente. Vraiment différente.

Comme si cette chose qui est  bien au départ une souffrance -le mail de rupture- pouvait en se déclinant 107 fois devenir un objet.

Et un objet unique mais avec 107 facettes, que l’on peut -comment ne pas songer à la chanson de Bécaud ?- poser là sur la table.

 

C’est qu’on voudrait la ramener avec soi l’exposition de Sophie Calle.

Et toute entière.

Pour pouvoir revenir sur le commentaire composé, la partition, la cocotte en papier, le film, le numéro de clown, le bilan comptable, la version SMS, l’exégèse talmudique (entre bien d’autres traitements... de texte) dont ce courriel prend alors les teintes…

Et reparcourir des doigts le mail en braille, le revoir codé par le biais du « carré de Vigenère » afin de chercher une réponse à la troublante question que pose dans son exercice de style Christine Angot (l'une des 107), question qui vous tenaille ensuite tout au long de votre parcours dans le Pavillon Français : ces 107 voix sont-elles le « chœur de la mort » ? 

 

« Si Sophie l’avait aimé autant qu’elle le disait, elle n’aurait pas convoqué tout un escadron de femmes après, pour s’en sortir. Elle aurait cherché à s’en sortir, c’est nécessaire, mais pas comme ça entourée de femmes. »

 

Peut-on faire de l’art avec comme point d’appui un choc émotionnel personnel à la base ?

Y a-t-il alors art seulement ou aussi cynisme quelque part dans la démarche de Sophie Calle ?

Connaissant cette artiste, on sait bien que c’est ainsi qu’elle crée et puis, certains des plus grands textes de la littérature n’ont-ils pas eu les mêmes conditions de naissance dans l’autobiographie ?

 

Emporter avec soi l’exposition de Sophie Calle dans sa totalité n’est pas une gageure.

Il suffit d’acheter le livre « Prenez soin de vous » qui en est tiré chez Actes Sud.

L’expo, c’est le livre et le livre, c’est l’expo.

Il est cher assurément (69 euros) mais c’est un très grand format de plus de 450 pages, accompagné de quatre DVD et des autres nombreux matériaux de l’exposition.

 

Une œuvre d’art dans votre bibliothèque ?

Sûrement pas.

Je ne sais encore quel va être son sort chez moi, où et comment le poser.

Mais je vais trouver.

Et prendre soin de lui.