BDSM Patience de soumise

                                                          Tableau © Jack Vettriano

 

 

Le grand quiproquo en BDSM réside derrière ces catégories de profils que nous remplissons lorsque nous sommes en recherche : « soumise » ou « maître » alors qu’en fait la seule vérité qu’il faudrait y inscrire, c’est « femme » ou « homme ».

Et c’est bien l’homme ou la femme qui déçoit à la fin, quand il/elle doit décevoir et non le « maître »  ou la « soumise ».

Le « maître » n’existe pas avant l’homme et il en est de même pour la « soumise ».

 

Je viens de lire une histoire assez ahurissante.

 

Un homme rencontre une femme.

Elle est célibataire et indépendante, il est marié de manière « vanille » et son ménage bat de l’aile. Rien que de très banal.

On notera au passage qu’ils se rencontrent sur un chat BDSM et que les affinités d’orientation sexuelle aidant, comme ils demeurent dans la même ville, c’est une relation de ce type qui commence alors entre eux.

Ils se voient rarement : l’homme soupçonne sa femme de tout faire pour le coincer « en faute » afin de lui faire l’habituel chantage aux enfants.

 

Trois ans passent.

L’homme finit par divorcer.

Il laisse sa maison à son ex-femme et à leurs enfants et retourne vivre…chez sa mère pour que les bambins ne puissent le considérer comme en tort (!).

Tout en continuant sa relation BDSM avec la femme célibataire.

Ils ne se voient pas plus souvent : sa mère est âgée, tyrannique et les pensions alimentaires qu’il doit désormais payer impliquent qu’il accepte une énorme charge supplémentaire de travail.

L’histoire dure ainsi huit ans encore.

 

Au bout de ces huit ans, il se remarie brusquement, de façon aussi « vanille » que la première fois, avec l’une de ses collègues de bureau parce que celle-ci se retrouve enceinte de lui et prétend -puisque cela n’a rien à voir et qu’il n’avait promis qu’une « exclusivité de la relation D/s »- continuer son rapport BDSM avec celle qui est toujours sa « soumise ».

 

Là, elle réagit et le fait savoir officiellement : elle n’en veut plus.

Elle ne veut plus de ce « mauvais maître ».

 

Je ne veux pas porter de jugement hâtif.

Mais sincèrement, n’est-ce pas plutôt de l’homme qu’elle ne veut plus (enfin !) ?

Car là-dedans, rien ne me dit s’il est un « bon » ou un « mauvais » maître. Rien ne me dit surtout qu’il est un « maître » tout simplement.

Le BDSM, je ne le ressens que dans un arrière-plan très, très éloigné.

On est réellement très loin de « l’échange de pouvoir »...

 

Quant aux sentiments, n'en parlons même pas !

J’avoue ne voir ici essentiellement que l’histoire d’un homme faible et roublard.

 

Et elle, sa « soumission » est-elle une soumission purement BDSM ou bien, pour avoir accepté si longtemps de vivre une pareille histoire de dupe, n’est-elle pas « soumise » avant tout à l’idée que c’est l’homme qui -en toutes circonstances- dicte les conditions à la femme ?

 

Sans que les choses soient toujours aussi caricaturales, n’est-ce pas bien souvent ce qu’il advient dans les relations BDSM ?

Ne faisons-nous pas, au travers de ce prisme, que nous replonger -les unes par mauvaise compréhension du statut de soumise et les autres par opportunisme en se cachant derrière le rôle du maître- dans des situations qui étaient de mise il y a une quarantaine d’années ?