Sophie Calle par Jean-Baptiste Mondino pour Prenez soin de vous 52ème Biennale de Venise

                                   Photo de Sophie Calle pour « Prenez soin de vous © Jean-Baptiste Mondino

 

 

                                      Sophie Calle La latiniste pour Prenez soin de vous Biennale de Venise 2007

 

 

                   Sophie Calle La styliste pour Prenez soin de vous Biennale de Venise Pavillon Français 2007

 

                           Photos « La latiniste » et « La styliste » dans « Prenez soin de vous » © Sophie Calle.

 

 

 

Ayant écrit ici récemment m’intéresser fort au thème de la rupture et tous mes textes de fiction étant relatifs à celui-ci, on ne s’étonnera pas ce soir de trouver sur ce blog des  louanges sur le dernier travail de Sophie Calle en attendant de savoir quel accueil Venise lui réservera…

 

Comment réagir lorsque quelqu’un vous quitte, via un simple mail de rupture ?

 

On peut pleurnicher des mois sur son blog (non, je ne donnerai pas de lien mais je me ferai encore des amies en disant que c’est une spécialité de la soumise sur blog BDSM) ou se taire dignement et faire seule chez soi son travail de deuil ou bien encore se vautrer dans le rhum et le stupre.

Sophie Calle, artiste plasticienne, a pris le parti d’en faire de l’art et elle se retrouve ainsi à la une de « Télérama », « Beaux-Arts » etc. puisque son projet « Prenez soin de vous » représente la France à la 52ème Biennale d’Art de Venise qui commence le 10 juin et durera jusqu’au 21 novembre 2007 autour du thème « Pense avec tes sens - Ressens avec ton esprit. ».

 

« Prenez soin de vous » est la dernière ligne d’un courriel de séparation qui lui fut adressé alors qu’elle se trouvait à Berlin en 2004, il y a trois ans.

Trois ans, c’est exactement le temps que l’on donne dans une thérapie pour liquider un chagrin d’amour.

Chacun s’y prend comme il peut (voir plus haut).

 

Voici comment Sophie Calle présente avec ses propres mots sa démarche :

 

« J’ai reçu un mail de rupture. Je n’ai pas su répondre. C’était comme s’il ne m’était pas destiné. Il se terminait par les mots : « Prenez soin de vous ».
J’ai pris cette recommandation au pied de la lettre.
J’ai demandé à 107 femmes, choisies pour leur métier, d’interpréter la lettre sous un angle professionnel.
L’analyser, la commenter, la jouer, la danser, la chanter. La disséquer.
L’épuiser. Comprendre pour moi. Répondre à ma place.
Une façon de prendre le temps de rompre. À mon rythme.
Prendre soin de moi. »

 

Ensuite avec Daniel Buren, son commissaire d’exposition recruté non sur son aura médiatique mais par petite annonce, elle s’est chargée de mettre en photos, textes, vidéos et autres supports les 107 explorations diversifiées de son mail fatal.

 

Pour mieux imaginer ce qui nous sera donné à voir à Venise, citons quelques-unes des professions exercées par les femmes qui ont répondu au courriel -chacune à sa manière- au nom de Sophie Calle, se substituant en quelque sorte à celle-ci dans cette expérience et lui permettant sans doute, au-delà la seule représentation artistique, de lâcher prise (ou bien « la proie pour l’ombre ») et de « prendre soin d’elle » pendant ces trois ans :

voyante, comptable, chasseuse de têtes, latiniste, juge, actrice,  joueuse d’échecs, criminologue, danseuse indienne, correctrice, experte des droits de la femme à l’ONU, chanteuse, physicienne, styliste, maître d’Ikebana, journaliste, consultante en matière de savoir-vivre, cruciverbiste, psychanalyste…

La 107ème et dernière voix femelle à « évoquer » la lettre est, ce n’est plus un secret désormais, celle d’un perroquet.

Avec Sophie Calle, on peut s’attendre à tout !

 

Ce n’est pas la première fois que Sophie Calle traite du thème de la rupture.

En 2004, l’un des volets de son exposition de mise en perspective à Beaubourg « M’as-tu vue ? » était « Douleur exquise », un parcours fait autour d’un rendez-vous manqué en 1985 où, après quatre-vingt douze jours qu'elle avait passés grâce à une bourse au Japon, l’amant attendu ne l’avait pas rejointe comme convenu dans un hôtel de New Delhi mais l’avait définitivement délaissée d'un laconique coup de fil.

Partant des images de cette chambre désertée, elle était alors allée à la rencontre des gens pour leur demander quelle avait été leur plus grande douleur, exorcisant ou relativisant sa propre peine en la confrontant ainsi à celle des autres.

L’œuvre se composait de photos et de textes brodés dont le dernier s’achevait sur le mot « suffit ».

 

Il y a certainement une fonction antalgique personnelle quand la plasticienne se livre à ce type d’inspiration.

De même qu’une forme d’exhibitionnisme dans la plupart de ses autres thématiques qui renvoient le plus souvent à l’intime, telle l’exposition « Les dormeurs », pour laquelle elle avait « prêté » son lit à 28 personnes pendant une semaine.

Mais on ne saurait réduire son travail à cela.

 

De l’intime, on passe souvent à la découverte de l’autre comme dans la « Suite vénitienne » où au début des années 80, elle avait fait la « performance » de suivre un inconnu de Paris jusqu’à Venise ou dans « Les aveugles » où elle a questionné des non-voyants sur la beauté et a illustré leurs réponses à la manière d’ex-voto(s).

 

Sophie Calle, on aime ou on déteste.

Il m’est parfaitement possible de concevoir que certains me répondent ici que ce qu’elle fait, « c’est du pipeau ».

Je n’en suis pas persuadée, moi qui l’aime et qui m’étonne toujours du rapport qu’elle sait tirer de l’image et du texte écrit sous une forme qui n’est pas celle attendue du cinéma.

 

Déjà promise depuis longtemps à la consécration internationale, c’est chose faite pour elle cette année avec cette sélection au Pavillon Français de la Biennale.

Et ce n’est certes pas moi qui, en prenant soin…ooops...date pour cet été, m’en plaindrai! 

 

http://www.labiennale.org

 

PS : Toutes les expositions de Sophie Calle font l’objet de livres édités chez « Actes Sud ».

« Prenez soin de vous » y est sorti le 1er juin.

Les amateurs de BDSM purement cérébral pourront découvrir avec une fascination certaine le titre « De l’obéissance » (dans le coffret « Doubles-Jeux ») qui narre un rituel suivi sur la base d’un roman de Paul Auster, « Léviathan », dont Sophie Calle était le personnage Maria « par transparence »…