David Lynch, INLAND EMPIRE, affiche française, AURORAWEBLOG

                                                 Affiche © Mars Distribution

 

 

J’assume pleinement la responsabilité de ce que j’écris ce soir sur règles, contrats, carnets de punitions, blogs BDSM larmoyants ou pédagogiques et autres…

Toutefois, afin de m’assurer que je ne délirais pas tout à fait, j’en ai fait un forum cet après-midi sur un site étranger ou les participants sont plutôt « classiques » dans leur BDSM, contrairement à moi.

Mon histoire les a beaucoup fait rire.

 

 

Pour me faire de nouveaux amis...

 

 

Je suis abasourdie, sonnée. KO.

Même le coup de gong ne me fera pas me relever ce soir.

Que m’est-il arrivé ?

Rien en somme, sinon que j’ai découvert toute une pépinière de blogs BDSM, une bonne dizaine, que je ne connaissais pas jusqu’alors.

Il aurait mieux valu d’ailleurs que je continue ainsi.

Maudit soit le clic qui ensuite, de clic en clic, me fit…

 

Bon, il y aurait donc un « New BDSM » comme il y eut le « New Deal » sauf que celui-ci ressemble à l’ancien, en pire (comme INLAND EN-PIRE, le nouvel opus de David Lynch).

En pire pourquoi ? Justement parce qu’il se croit « New ».

 

Je résume et ce n’est pas facile, c’est à peu près aussi clair que le scénario d’INLAND EMPIRE, le dernier David Lynch, si l'on excepte que Lynch au moins reconnaît qu’il n’y a pas de scénario dans son film.

Donc on a des gens qui ont découvert le fil à couper le beurre en se lançant dans le BDSM et ils en font profession de foi:

-Eux ne sont pas comme les autres, ils le martèlent à coup de posts: eux, ils respectent la soumise.

-Elles, elles ont un Maître respectueux.

C’est bien, on est ravis.

« Congratulations » (doit se lire en anglais, parce que INLAND EMPIRE ne passe qu’en VO sous-titrée).

 

Mais, quand on veut faire du neuf, il faudrait -me semble-t-il- commencer par dépoussiérer le vieux.

Que nenni !

 

Lorsqu' ils ne vont pas porter la bonne parole sur le blog des autres et qu’ils s’occupent un peu du leur, on y trouve quoi ?

Chez l’un le carnet de punitions, chez l’autre le contrat, parfois les deux chez les mêmes et pour le reste de continuelles justifications ou lamentations.

 

Entre les soumises qui battent leur coulpe, pauvres créatures toujours imparfaites mais sur le chemin de l’amélioration, tantôt grâce à leur Maître, tantôt grâce aux dialogues qu’elles ont sur des chats ou sur MSN avec d’autres soumises (je le savais que des gens passaient leur journée collés sur Messenger mais à ce point, c’est dingue !) et les Maîtres qui lorsqu’ils dévient de la bonne voie se font remettre sur la juste route par d’autres Maîtres (malheur ! revoilà l’idée du « Mentor » pour Maîtres que l’on avait vue passer il y a trois ans en provenance du Canada !), on est mal barrés.

 

Parce que tout ça, finalement, ce n’est que la resucée du mode de vie de Laika, jeune-soumise.net, site qui n’est pourtant plus mis à jour depuis 2005 ou encore une indigestion du « Lien » et d’ « Histoire d’O » réunis.

Bonjour les poncifs!

Et jamais la moindre trace d'un ressenti personnel que l'on n'ait déjà vu/lu ailleurs, que l'on ne sente pas comme préfabriqué.

 

J’ai même découvert une sorte de chat où il faut par disclaimer que les soumises inscrivent leur pseudo en commençant par une minuscule et où elles sont tutoyées par (et doivent, elles, vouvoyer) tout ce qui porte le nom de Maître et un pseudo avec  majuscule.

Des majuscules, comme celles auxquelles David Lynch tient farouchement si l’on est amené à citer son nouveau film, INLAND EMPIRE.

 

Plus formel, plus hérissant et en fin de compte moins nouveau et moins respectueux de la soumise que ça, tu meurs (si tu as résisté à la projection d’INLAND EMPIRE évidemment) ! 

 

Alors une fois pour toutes : il n’y a pas de cours en ligne ou live pour devenir Maître ou soumise.

Personne n’a de leçons à vous donner.

Un hâbleur virtuel (pire encore, un blogueur!) n’est pas un modèle.

Vous n'êtes pas dans son donjon ou sa chambre chez Formule 1 pour voir ce qu'il y fait.

Les sites dédiés ne valent pas tripette : vous ne savez rien de la vie au quotidien de ceux qui les tiennent, vouloir les imiter est une ânerie de première.

Bavasser cancans et BDSM par MSN, mail ou chats interposés, ce n’est qu’une façon de tromper sa solitude.

Lisez les journaux, l’heure politique est grave.

Allez au cinéma (pas forcément voir INLAND EMPIRE), achetez un roman, jouez avec vos enfants, aidez une association : il n’y a pas que la webcam dans la vie (même si David Lynch utilise le numérique pendant deux des trois heures d'INLAND EMPIRE) et si votre BDSM semble destiné à demeurer virtuel ou en pointillés ad vitam aeternam, c’est quand même qu’il y a un problème.

 

A part le SSC, le BDSM n’a pas de règles qui devraient être semblables pour tous : le contrat et le carnet de punitions sont des gimmicks comme la check-list, un peu les équivalents des webtools pour qui veut se faire un blog perfectionné.

S’il n’y en a pas, ça marche quand même (INLAND EMPIRE lui aussi marche très fort dans les salles, si, si, juré!).

 

Et surtout arrêtez de prendre tout ça au sérieux comme si vous défendiez une religion. 

Le Maître n’est pas Dieu (si j’écris ça, c’est que j’en ai lu un qui se nommait « Ton Dieu » et que j’ai failli m’évanouir).

La soumise n'est pas une « parfaite » de chez les Cathares.

 

Le BDSM n’est ni inné, ni acquis, ce n'est pas une maladie ni même une étrangeté, pas la peine de vous torturer les méninges toutes les nuits avec ça, c’est seulement une forme de sexualité sinon une « des » formes de votre sexualité (je vous la souhaite multiple). 

A trop se « chercher », on finit par se perdre ou, cerise sur le gâteau, par découvrir qu’il n’y avait rien à trouver, qu’on faisait juste le trajet parce qu’on l’avait reniflé « fashion » chez les autres.

Restez vous-même.

Un Maître et une soumise, ce ne sont qu'un homme et une femme.

Vous n'êtes pas obligés de faire tout ce cinéma dans le cinéma (comme dans INLAND EMPIRE) sur vos blogs.

Ça finit par faire « réchauffé » et gavant surtout si vos commentateurs sont tout aussi pontifiants.

 

Imaginez deux minutes ceux que l’on nomme les « vanille ».

Croyez-vous qu’en matière d’érotisme ils passent leur temps à parler du « chemin », à se mortifier, à demander des conseils ou bien à les subir ?

 

Moi, par contre, je demande de l’aide ce soir.

Si un de ces jours U-blog shunte définitivement, est-ce que quelqu’un peut me donner une idée de la difficulté technique (peut-on éviter le html ? est-il facile d’insérer des images ?) qu’il y a à gérer un Blogspot ?

Parce que jamais, jamais, au grand jamais, je n’irai finir là-bas, mêlée à ces Canalblog…

 

 

 

 

 

PS: Pour ceux qui ne l'auraient pas vue, ce texte contient une critique subliminale d'INLAND EMPIRE de David Lynch dont j'avais été une grande fan jusqu'ici.

 

 

 

Le Commentaire d'Idalie Félix.

 

Je me demande si le fond (sans jeu de mots) du débat sur le caractère intouchable et finalement canonique des règles ne tourne pas autour du fameux "I"m fond of rits and habits"de Sir Stephen.On passe (on dérive, on dérape) d'un coté  cérémonial, théâtralisé, esthétisé, ritualisé effectivement, à un coté normatif, impératif, catégorique, "puriste" des pratiques, et, ipso facto à l'exclusion voire à la dénonciation stigmatisante des personnes plus souples et plus inventives, finalement, moins rigides en la matière.

Je me demande aussi si derrière tout cela il n'y a pas une très forte angoisse qui est celle de la société toute entière, et que ce genre de pratiquants ne fait qu'exprimer à sa manière : donnez-moi vite des normes impossibles à transgresser, des règles hyper contraignantes, des codes rigides à quoi me raccrocher, à la fois pour "en être" et pour "être". Surtout ne me laissez pas face à ma propre liberté, à mes propres abîmes, c'est vertigineux...

 

 

Ma réponse à tous:

 

En remerciant tout ceux qui ont laissé un mot sur cette note, je vais choisir de ne pas me disperser et de faire une seule réponse, de fond, en partant du commentaire d' Acrerune.

 

Non, Acrerune, tout n’a pas été dit sur le BDSM.

Heureusement.

Et quant à marcher sur la trace des pères, encore faudrait-il les connaître…

Et qu'ils nous reconnaissent eux aussi.

 

Le BDSM, c’est un enfant illégitime et un sujet bateau.

Ces quatre lettres ne sont pour finir qu’un avatar américain des années 60, venant de personnes qui adoptèrent alors un emblème, le triskell, et se regroupèrent sous la « garantie » du SSC (Safe, Sane, Consensual).

Il s’agissait avec ces deux termes BDSM (et donc SSC) de se distinguer de la classique appellation « sadomasochisme » pour tout un tas de raisons, légales notamment.

Les Japonais répugnent pourtant encore aujourd’hui à utiliser cet acronyme. L’Europe en revanche l’a adopté.

Je te dirai même qu’on parle d’une école BDSM latine (c’est le Mentor pour le Maître et son adoubement), d’une européenne (c’est la D/s que l'on connaît) et d’une américaine (c’est le TPE, plus hard).

On croit rêver !

Mais en fait il n’y a rien de plus que ce SSC qui réunisse les trois à l’origine.

Tout le reste, les règles, le charabia, cela a été rajouté peu à peu au fil des ans, chacun chez soi mais malheureusement pas chacun pour soi.

 

En France, on a, à partir du film de 1976, la réédition en Poche  et le succès banalisé de  « L’Histoire d’O », roman fort bien écrit au demeurant mais qui ne dit peut-être pas ce que les gens pensent qu’il dit (lorsqu’ils l’ont lu toutefois) et qui en tout cas est un roman, c'est-à-dire une œuvre de fiction.

Et arrive « Le Lien » et là c’est la catastrophe !

Punaise ! C’est un « récit » ! Et à clés en plus ! Vingt ans après, on peut bien le dire, tout le monde sait qui sont les personnes qui le traversent…

Mais les pratiquants prennent cette histoire, qui aurait dû rester celle d’un couple porté sur les jeux hard, comme mètre étalon du BDSM.

Et on imite ou on essaye d’imiter.

 

Là-dessus le big bang de l’Internet et tout d’un coup, tout s’emballe, les sites dits persos se multiplient, chacun avec ses photos, ses pages dédiées et, généralement, un accès free et un autre payant.

Cela te donne une idée de combien je pense que la manœuvre était de pur partage…

Il n’empêche que pendant les quelques années de leur grand succès, ils font du mal parce qu’ils galvaudent comme modèles standards des pratiques qui auraient dû rester les leurs.

Ce qui fait au final que ce que tout le monde appelle « le BDSM et ses règles » n’est qu’une fumisterie: en Amérique et en Angleterre il est de bon ton de faire inscrire son « esclave » dans un registre et de lui faire tatouer ensuite son code-barre, en France, on a le « carnet de punitions » qui nous vient de jeune-soumise.net…

 

Autre zoom : là on est à la fin des années 90. La mode, la pub et la presse contribuent à  banaliser le tout, l’inspiration dite BDSM se voit dans le porno-chic des campagnes Gucci, Sisley, Dior, Dolce e Gabbana...

Et se greffe là-dessus le phénomène des (t)chats BDSM : 3/4 de fantasmes, un quart de vraies recherches (là, je suis bien bonne).

Mais comme c’est dit, ça tchatte, ça bavasse et c’est à qui en montrera le plus, en fera croire le plus. Alors récits, témoignages déferlent. Et à nouveau il faut imiter pour ne pas avoir l’air, pour ne pas être considéré comme…

Tout y passe : il faut que la soumise soit bi, il faut que la pluralité soit de mise pour elle qui peut être prêtée occasionnellement, il faut qu’un Maître puisse avoir plusieurs soumises, il faut signer un contrat, il faut que la condition de la soumise ce soit d’être qui chienne, qui truie, qui serpillière etc.(je ne fais ici que citer des textes de Maîtres ou de soumises)

Et en plus à ce galimatias viennent se coller des pratiques érotiques vieilles comme le monde comme la fellation, la sodomie ou autres qui sont soudain revendiquées, on ne sait par quel miracle, comme l’apanage du BDSM.

Et là aussi, « Il faut ».

Le problème résidant dans ce « Il faut ».

Dans l’échangisme encore, tu as le choix mais là non, « il faut » sous peine de punition.

 

C’est que plus les abonnés des (t)chats se multiplient, plus le BDSM se propage, plus les « Maîtres » d’antan font place à des amateurs qui, se voulant Maîtres à tout prix, mettent la jauge de leur « honneur » à ce que la soumise fera ou subira pour eux, même s’ils sont mariés, même s’ils n’ont rien à donner en partage, même si à peu près tout se passe virtuellement, même s’il arrive qu’ils la confient à d’autres pour l’ « éduquer ».

Même s'ils ne sont allés là que pour trouver du sexe facile en kit.

Et le comble, c’est que les femmes acceptent ! Tellement on leur a instillé la norme de la « bonne », de la « vraie » soumise.

Et elles pleurnichent de ne pas l’être assez.

Car être soumise, c'est à la mode et on le sait bien, quelle femme ne voudrait être à la pointe de la mode?

 

Et là, enfin, voici les blogs ! Et non, je ne donnerai pas de liens.

Mais avec la floraison de tous les types de blogs, le blog BDSM se porte bien aussi.

Seulement, les petits nouveaux, ceux dont je parlais sur cette note, ils ne font pas référence aux « pères », bien au contraire, ils prétendent avec force s’en distinguer et finissent pourtant, après de grands effets de manches, par produire la copie conforme des rubriques des sites des années 90 !

 

Pour moi, le BDSM ou le SM, ça existe depuis que le monde est monde même si ça n’a pris ces noms qu’après Sade et Masoch parce que ça n’est devenu objet de réflexion qu’à la suite de ces deux-là dans l’étude de la sexualité dont les premières lueurs ne remontent qu’à la fin du 19ème.

Et s’il y a des pères à aller consulter pour qui veut essayer de comprendre, alors, ce n'est certes pas du côté des sites Web, des récits à deux sous édités par les maisons spécialisées qu'il faut les chercher mais plutôt de celui des œuvres philosophiques ou des essais de Bataille, Blanchot, Klossowski, Foucault et Deleuze…

 

Mais aaarghhh, va faire lire ça aux habitués de la bibine « Je raconte ma dernière séance de soumission en webcam avec Maître Popol, photos à l’appui »…