Maurits Cornelis Escher Tableau 1955 Rind

                                       Tableau © Maurits Cornelis Escher

 

 

 

Note non structurée, construite ce soir au fil de la pensée. 

 

Quelqu’un, dans le lieu virtuel de dialogue que je fréquente désormais à l’étranger, a demandé il y a quelques jours si le BDSM pouvait être considéré comme une philosophie.

Ce fut un beau débat.

S’il y fut établi dès la cinquième ou sixième réponse que non, ce n’était pas le cas, cela amena toutefois à revenir sur la définition de ce qu’est la philosophie, de ce qu’est un philosophe.

 

Sur le premier point, il apparaissait que nombreux étaient ceux qui pensaient que la philosophie, c’était simplement le mode de vie, la manière de penser de chacun.

Genre: « Moi, ma philosophie, c’est de... ».

Il y a parfois, BDSM ou pas, des pendules à remettre à l’heure.

 

Sur le second, c’est moi qui ai suivi seule un chemin : comment en est-on arrivé dans notre pays qui eut tout de même jusqu’à il y a très peu de temps des philosophes comme Foucault ou Derrida à penser que Raphaël Enthoven ou BHL ou encore Glucksmann méritent le même qualificatif ?

Cette dérive sémantique m'effare.

 

Cette discussion en amena une autre, avec le même résultat : le BDSM pouvait-il être défini comme un Art ?

Là, tout entraîne vers une autre issue.

Le BDSM n’est pas un Art (Au secours si quelqu'un le pense!) mais il y a de la place pour le BDSM dans l’Art.

 

L’érotisme a toujours inspiré l’artiste.

Un érotisme à part l’inspire donc aussi de manière tout à fait naturelle. 

Il y a, par exemple, des écrivains qui sont très proches du SM (et même des philosophes parmi eux : Deleuze!). 

Je ne veux pas seulement citer Sade, Masoch ou Pauline Réage. Pas plus que les écrivaillon(ne)s d’une saison, du style Mélanie Muller.

Mais d’autres chez qui cette veine a toujours été sous-jacente : Klossowski, Bataille, Mandiargues, ou même les romans plus récents -et quant à eux très explicites- de Florence Dugas qui sont à juste titre fort prisés en Italie.

 

L’image, à travers la bande dessinée ou la photo-fetish est actuellement la forme d’Art (je précise au passage que l'« Art » n’est pas forcément l'« Esthétique ») la plus proche de « nous », quelles qu’en soient les sources d’inspiration et aussi quelle qu’en soit la qualité (ce n’est pas parce qu’un photographe met sur cliché une femme vêtue de latex qu’il fera de l’art, mais si c’est Helmut Newton qui s’y colle, tout est subitement différent).

Et encore !

Je me rends compte que j’applique là mes propres critères sur ce qui est Art et ce qui ne l’est pas.

On les verrait facilement varier d’un blog à un autre.

 

Reste que tout cela m’a poussée vers quelque chose de plus personnel.

Outre les « classiques » du genre que personne ne songe à remettre en cause, pourront être BDSM pour moi une photo, une image, un tableau qui -à l’origine et dans l'intention de leur créateur- n’ont aucun rapport avec ce monde-là.

Je sais qu’au niveau visuel je fonctionne à l’instinct, sur la projection de mes propres fantasmes.

Ceux-là (disons pour y voir plus clair les cages, les marionnettes, les poupées etc. récurrentes sur mes pages) ne peuvent pas et ne demandent pas à être partagés.

Ils ne sont que du ressort de mon esprit et de ses méandres.

 

Je me suis longtemps demandé si quelque chose du domaine artistique pouvait conceptualiser de façon figurative la vision que j’ai de mon état de soumise et de la double notion de physique et de cérébral qui est à la base du BDSM.

 

J’ai un jour trouvé ce tableau, « Rind » réalisé en 1955 par le fascinant Maurits Cornelis Escher (lien Wikipedia ici) qui n’a strictement rien à voir avec la thématique citée à l’instant. 

Et pourtant, c’est exactement ainsi que je vois mon BDSM : un ruban, un lien qui définirait les contours de mon être tout en le divisant, en le remettant en cause par une forme de contrainte (il y a de toute évidence un rappel du bondage dans ma façon de lire cette oeuvre) qui ouvre in fine vers la liberté.

Et l’ensemble de ces sensations qui pourraient paraître abstraites sont néanmoins profondément ancrées dans la réalité, avec la présence en fond du ciel et de ses nuages.

 

Pour évoquer mon moi soumise, je n’ai donc pas fatalement à passer par un Art « connoté ».

Est BDSM ce que nous voyons comme.

Est érotique ce que nous ressentons comme.

 

Il est vrai que de toute manière « l’Art n’est jamais chaste ».

C’est Picasso qui le disait.