BDSM Ken Marcus

                                                        Photo © Ken Marcus

 

 

NB: Le texte qui amène cette note à porter un tel titre est tout à la fin de cette page et entre guillemets...

 

 

 

J’ai donc vécu, les six derniers mois de cette année 2006, ma petite vie d’utilisatrice anonyme sur un forum BDSM étranger.

Par « anonyme », j’entends dire que je n’y suis pas arrivée avec mes gros sabots pour exporter les idées d’ « AURORA ».

Cela n’aurait eu aucun sens, puisque le but était de retourner réfléchir parmi d’autres.

 

Je l’ai fait à l’étranger parce que je n’étais plus « persona grata » sur le seul de ce type qui existe en France et quand bien même aurais-je pu revenir sur celui-ci que je ne l’aurais point fait tant il est totalement inactif désormais et ne peut donc plus rien m’apporter au même titre d’ailleurs que je ne pourrais plus, moi-même, rien lui apporter de neuf s’il était dans son état d'autrefois.

 

J’y suis passée jadis, j’y ai butiné ce qui m’a permis d’être, je ne m’imagine pas aller aujourd’hui puiser ou semer des forces vives de pensée dans le terreau dont, quel que soit le passif qui a existé entre  sa gérance et moi, je reconnais m'être nourrie.

Mais la connaissance de soi continue à passer, à mon sens, par la confrontation, l’antagonisme, surtout sur un sujet aussi sensible que le BDSM.

Je me souviens précisément d’un vieux thème de forum, là, qui s’intitulait « Le tour de la question » et où des abonnés se demandaient « Tout n’a-t-il pas déjà été dit ? ».

Non, bien évidemment puisque de nouveaux inscrits arrivent toujours et se posent, à leur tour, les questions qui font que les autres pensent tourner en rond…

Pour croire tourner en rond de la sorte, il faut être pétri de certitudes.

C’est un bien lorsqu’on les détient : on est enfin complet, serein. On est persuadé d’avoir définitivement encadré son être quel qu’il soit, Dom ou soumise.

C’est un mal aussi puisque l’être par définition est en évolution constante et qu’il ne doit jamais s’arrêter de penser, jamais considérer sa pensée comme « fixe » pour toujours.

 

Sur nos blogs, chacun à notre manière, nous témoignons de « notre » BDSM. Et si tant est qu’ils puissent tous être différents, il s’en dégage une majorité qui vit cela le plus harmonieusement et le plus simplement du monde dans un couple ou tout au moins dans ce qu’Idalie a, une fois, défini ici dans un commentaire comme un duo.  

 

Sur un forum, on se trouve confronté à une toute autre réalité.

Celle d'autrui. 

C'est celle-ci que j'ai voulu retrouver.

Pas "enrobée" comme sur les blogs mais "nature".

D’une part, il y a ceux qui ne pensent pas comme vous et d'autre part, il y a des gens qui sont en état de recherche et qui vont avoir tendance à motiver leurs interventions comme des « mises en lumière » de leur personne, histoire de se faire le plus « visible » possible.

Ce sont la plupart du temps des soumis au masculin qui sont en quête d’une « Domina ».

Le dialogue « forumé » entre ces deux types d’intervenants (le soumis et la Domina) me stupéfie toujours : il n’est pas du domaine de ma compréhension. Je l’exclurai donc de cette note, aimant peu pontifier sur ce qui m’est étranger.

En effet, le « maître » le plus accroché à ses prérogatives n’est jamais aussi tranchant que ne pourra l’être sa consoeur femme, de même que le soumis le plus « rebelle » ne le sera jamais autant qu’une soumise, elle, peut  manifester l'être.

C’est un autre monde décidément. Et les mots prennent un sens différent selon quel est le sexe de qui les emploie même si le « rôle » porte au départ le même nom.

La question de l’humiliation (une parmi des centaines) ne se pose même pas pour un soumis tant il la considère comme partie intégrante de son état et de …son plaisir alors qu’une soumise au moins forcément finira par la mettre en débat sur un forum parce que pour une femme, cela n’a absolument rien d’évident.

 

Elle recueillera quoi ?

Des réponses qui lui seront favorables et d’autres, antagonistes.

Précisément de celles qui font réfléchir, se situer.

Et là est tout l’intérêt des forums.

 

On n’en a jamais fini avec le BDSM . De la même façon que, je pense, on n’en a jamais fini de se confronter avec sa sexualité quelles que soient les tonalités que celle-ci revête.

 

Le forum auquel je m’habitue doucement comprend (schématiquement) trois quarts de représentant(e)s  acharné(e)s du « dogme » et un quart d’esprits qui, au contraire, vivent libérés de celui-ci.

 

Cela donne des discussions fort intéressantes.

Par « dogme », je ne veux pas dire les cinq ou six textes que j’ai qualifiés un jour de « Textes Fondateurs » ici pour me moquer gentiment de ce terme qui qualifiait les programmes de Lettres en vigueur dans l’EN au sein des classes de collège.

Le dogme, pour les deux tiers des membres de ce forum, c’est ce fameux TPE (Total Power Exchange) : le « maître » détient tous les pouvoirs dès lors que la soumise/l’esclave les lui a donnés.

Et c’est sur ce dogme qu’ils fondent  leurs relations, notamment sur la base du 24/24.

Relations dont une partie est fatalement purement « cérébrale » ne serait-ce que parce que souvent les deux ne vivent pas dans la même ville ou bien sont liés par ailleurs chacun à un conjoint qui est, lui, hors BDSM.

On sait que là, généralement, j’ai du mal à « visualiser » un 24/24 de cette sorte.

Mais ils y croient et sont tellement persuadés de le vivre -avec qui ses ordres, qui ses mortifications et ses punitions à distance- que je finis par leur concéder leur part de réalité puisqu’elle est en eux, puisqu’ils la voient sous cet angle, l’aménagent et la vivent ainsi.

 

Le plus curieux est que ce forum n’est pas ouvert qu’au BDSM.

Tous les sujets pouvant y être abordés, la politique est bien sûr celui qui fait part égale avec  le BDSM.

Ce sont surtout les hommes qui s’y expriment (et oui, nous sommes là-bas dans un pays très latin) et comme leur nation traverse les mêmes turbulences que la nôtre, les débats sont vifs, emportés et je me surprends souvent à sourire de voir le soumis qui se veut sur un forum déterminé à être « esclave à piétiner toute la journée », qui s’ offre « larbin en service permanent » à sa Domina, faire soudain allusion à des chiffres, révéler son quotidien de petit entrepreneur, ses difficultés de patron (là, c’est amusant parce qu’en Italie « patron » et « maître » se disent par un seul et même mot).

Je me demande simplement où il case son 24/24.

J’en ai autant au service des « maîtres-patrons » qui ne peuvent être à la fois, me semble-t-il, derrière le fouet et devant les actionnaires mais bon…

Finalement, il suffirait peut-être de dire que ce 24/24 est très cérébral et en grande partie métaphorique mais le Dogme ne le permet pas.

Je prends donc acte une nouvelle fois et respecte, malgré l’ambiguïté.

 

J’aime en revanche voir les gens évoluer là, je pense surtout aux « débutants » (peu importe leur état civil, leur date de naissance) qui se cherchent et qui viennent dans ce « nid » pour rencontrer des « identiques » qui les aideront à s’accepter finalement…

 

Ce fut mon chemin autrefois.

 

Et après les avoir observés sur ce lieu depuis la moitié d’une année, voici en français ce que je leur dis, texte qui suit  et qui est en fait la raison du titre de ce post, dernier clin d’oeil pour 2006 sur mon blog : quand on est sûr de porter quelque chose de semblable en soi et quel que soit le rôle choisi, il faut au moins essayer de le vivre, de réaliser son rêve, de ne pas manquer le train quand il passe (les lignes qui suivent peuvent d’ailleurs dépasser de loin les étroites limites du BDSM et s’adresser à tous ceux qui « n’osent » point être ce qu’ils portent en eux de particulier, sexuellement mais aussi philosophiquement, politiquement,  artistiquement etc.).

 

"Le choix existe toujours.

Il est intrinsèque à l'être humain et en cela, il constitue la plus belle partie de son essence.

Pour parvenir à accomplir pleinement celui-ci, il nous faut traverser bien des gués, éviter bien des chausse-trappes...

Tous n'y réussissent pas.

Combien de regards résignés et d’yeux éteints observons-nous, lourds de remords, de désirs inaccomplis et d’illusions éparpillées comme les éléments d’un kaléidoscope brisé...

C’est, hélas, une chose que l’on s’habitue à voir dans les visages de ceux qui nous entourent.

Dès qu’elles atteignent un certain âge (et je ne parle pas de troisième âge ici !), beaucoup de nos connaissances affirment vivre dans les regrets du passé.

 

Ceux-ci disent alors que le temps passe et, courbés sur leur non-vécu, ils oublient de profiter du présent.

Le temps ne passe pas, il arrive.

Chaque chose de notre vie doit prendre la durée nécessaire pour mûrir, pour grandir en nous, pour que nous l’acceptions, lavée de tout jugement de valeur qui lui occasionnerait des distorsions, qui l'amènerait à se satisfaire de compromis.

 

En fait les choses sont déjà en nous.

Elles existent dès le début, il n'appartient qu'à nous de faire le choix de les laisser affleurer: nos pensées, nos inclinations, nos caractères sont là, en attente au plus profond de nous-mêmes, nébuleuses vagues dont nous sommes plus ou moins conscients. Quelquefois ils nous épouvantent, quelquefois nous les ignorons comme s’il s’agissait d'idées absurdes, de momentanés raptus de délire, de fantasmes pernicieux dont nous pensons avoir honte et que nous voulons rejeter au plus loin…

Mais eux sont là et bien là et ils attendent leur temps, ce temps qui arrive…

C'est petit à petit que nous avançons : et eux lentement remontent dans notre conscience.

Un jour, ce que nous refusions, ce qui nous paraissait folie parce que nous croyions, parce que nous voulions être autrement, figurer dans la norme, finit par nous apparaître comme du domaine du possible.

 

C’est là qu’il ne faut pas rater le coche.

Notre prise de conscience, le fait d’enfin se comprendre et de s’accepter.

Pas avant, pas après, mais juste lorsque le temps arrive, lorsque le blé est mûr.

C’est comme marcher le long d’une route, toujours la même et, un beau jour, d’avoir brusquement la curiosité de tourner là, à l’angle qui amène vers cette ruelle obscure : quelques pas, si peu en fait mais qui vont donner un nouveau cours à nos habitudes...

Dans cette ruelle, il y a quelque chose, quelqu’un qui va changer notre vie.

Et ainsi voici notre temps qui arrive au bon moment.

Ce qui nous semblait relégué dans des brouillards définitifs soudain s’éclaircit et ce mal-être (ce malaise qui nous a toujours fait nous sentir « à côté de nos pompes ») disparaît.

 

Notre temps est là et bien là, il est enfin arrivé.

Celui d’être nous-mêmes par choix, par responsabilité, par conscience, par acte.

Peu importe l’âge, peu importe quand et où.

L’essentiel est d’avoir alors le courage d’accepter vraiment enfin d’être ce que nous sommes…"

 

A trois jours de l’an neuf, ce sera mon dernier post « sérieux » ici en 2006.

Place maintenant à du plus léger ou du différent mais retenez que c’est bien là une partie des vœux les plus sincères que j’aie à formuler pour tous…