BDSM soumises BDSM slaves

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Toujours ce « Il », mon personnage…

Celui que je pose ici brouillon après brouillon,  sorti de mes docs les soirs « sans », écriture faite pour demeurer fragmentaire et inaccomplie…

 

 

Posséder.

Deux.

Englober. Saisir.

 

Deux. Une seule prise.

Il a sa caméra pour accomplir cela. Un œil de plus.

Humiliant, forçant, rompant tous les barrages.

 

Elles sont là dans ce but. C’est convenu.

Il a déjà comme un goût de sang dans la bouche.

Prédateur nocturne, il lui faut son comptant de chair.

Elles sont venues pour le lui donner.

 

La vie est un film. Il y a des scènes comme au cinéma. Des fragments.

Et il est l’unique, à la fois réalisateur et spectateur, à détenir la clé suprême du scénario.

 

Possession.

Personne ne verra jamais ce qu’il aura vu, lui.

Le film qu’il tourne est le sien.

Sienne la victoire, sienne la chair à découper.

Tout à l’heure…

 

Deux femmes.

Comme symboles du blanc et du noir même si c’est la couleur qui impressionne la pellicule.

Sur un seul mot de lui, elles dansent dans la pénombre, masquées.

Cela évoque une fin de banquet, une orgie qui en serait encore à ses balbutiements.

La lumière ténue est  parfaite, il n’aura pas perdu son temps à la régler tout au long de l’après-midi.

 

Perfectionnisme.

Obsession.

Le temps ne lui a pas paru long pourtant tandis qu’il préparait.

Il imaginait déjà.

Déjà ses babines se retroussaient.

 

Tous les fantasmes qu’il a convoqués sont bien là (et même ses fantômes -mais cela il ne l’admettra jamais), toutes leurs formes s’affolent devant ses yeux, il a la bouche qui s’ouvre un peu -ô si peu- devant le duel qui se profile (ses fantômes, eux, voudraient marquer une once d’incrédulité mais il les insulte : tout ceci est bel et bien en train d’arriver et c’est une affaire que lui a mené et mènera jusqu’au bout sans remords).

 

Deux.

Elles sont de pures antithèses, chacune dans son royaume, chacune sous son masque, chacune dans son équilibre idéal, sa beauté sans erreur.

Il sourit, il est dès à présent sur la pente qui l’amènera au point culminant, celui que la caméra doit surprendre et dérober.

 

Elles s’étudient, imperceptiblement.

Fausses jumelles, il comprend que tout se déroule comme il le désirait quand, à des signes quasiment indéfinissables, il cueille le signal qu’elles commencent à se battre.

Pour lui.

 

C’est un spectacle puissant, d’une force inouïe. Il ne le laisserait à personne. Lui seul peut en prendre tout le suc violent, l’aspirant comme une liqueur qui laisserait sans souffle.

 

Derrière leurs manières affectées, leurs banals sourires réciproques, il voit les rayons laser des yeux et les mains où des doigts se serrent pour frapper dur, blesser, détruire.

 

Ce sont des milliers d’années  de civilisation qu’il a le pouvoir d’annuler là en une seconde, en les mettant ainsi l’une contre l’autre -contre vraiment- et chacune acharnée à le satisfaire, à se vouloir plus grande, plus forte dans ce qu’elle ne sait pas être seulement  un lieu mort, l’insignifiance et le mépris qu’il a et pour l’une et pour l’autre.

 

Sûres d’elles, déterminées, prêtes à se mettre en pièces.

S’il donnait le signal...

 

« Si je donne le signal. »

Alpha et Omega, Eros et Thanatos, Apocalypse (celle de Jean), éternelle lutte…

 

« Je vois le bien je fais le mal… M’émanciper du cauchemar des sentiments. »

 

Un jour comme les autres. Une journée plus que normale en apparence.

 

Soudain, il a le pouvoir d’un tueur de nuit.

 

Soudain, je peux -si je le veux- faire taire à jamais ces voix dévotes venues de mon enfance, qui préféraient les morts aux vivants et qui, incapables d’un mot de compassion pour ma sève mendiante, m’ignoraient soir après soir pour psalmodier des rosaires entre leurs dents fétides…