G COMME GHETTO ...

 

Il n’ y pas de « ghetto » SM.

Ce sont ceux qui y croient qui tendent, par leur attitude, à en fabriquer un, factice.

 

Qui se soucie de nous ? Parfois quelque journaliste ou sociologue en mal de sujet qui veut réaliser un reportage ou un article « in »…

L’industrie de la mode qui secoue le drapeau rouge au nez du taurillon bourgeois apeuré et attiré… Marketing encore…

 

Nous sommes certes des pratiquants d’une sexualité déviante mais qui ne remet nullement en cause les fondements de la société à savoir la famille et la procréation…

Nos pratiques sont seulement tolérées par la loi mais disons que cette tolérance est plutôt bien appliquée même si tout Dominateur(trice) peut craindre qu’un (e) soumis(e) repenti n’aille porter plainte contre lui… Là, en effet la loi ne lui accordera pas l’excuse du consentement pré-établi…même si porté par écrit.

 

Cela dit, je ne connais pas de semblable cas et tout le monde sait que le plus célèbre des clubs parisiens est situé à cinquante mètres d’un commissariat !

 

Quant à Sade dont je vous reparlerai, ce ne furent pas tant ses pratiques sexuelles que son esprit anti-clérical puis anti-totalitaire et, plus prosaïquement, ses démêlés avec sa belle-famille, qui lui valurent ses années d’emprisonnement ou d’asile….

 

Comparons notre situation à celle de l’homosexualité…

Les homosexuels ont dû se battre des décennies pour que leur soit reconnue l’identité de couple. Là, il y avait bien ostracisme, homophobie et donc ghetto !

Le fait d’être un couple SM donne tous les mêmes droits que ceux offerts à un couple traditionnel. Et ce sont pour ces mêmes droits que les gays et lesbiennes ont dû lutter pied à pied…

 

 

Mais nous !

Il y aurait de quoi rire…

Je ne révèle pas mes tendances sexuelles dans ma profession par exemple, parce que tout le monde me regarderait d’un sale œil. Mais ils ne me regarderaient pas de façon plus civile si je faisais état de pratiques, mettons, échangistes.

En fait, au travail, nous ne parlons jamais de notre vie sexuelle. Donc, déviante ou pas…

Attention ! je ne prétends pas non plus faire de l’angélisme : déviants nous sommes et nous le restons, le tout consistant à « dévier » le moins possible, c’est à dire à ne pas être nocif pour l’autre. Et c’est vrai qu’il y aurait matière : du vrai sadique pertinemment « déglingué » à l’amateur maladroit, imaginez deux situations : un fouet dans les mains de qui ne sait pas se contrôler, provoquant d’irréparables lésions, morales ou physiques et une bougie dans celles d’un amateur qui serait bien capable de mettre le feu à la pièce !

 

 

Alors, il est où ce ghetto SM?

Chez nous, uniquement chez nous. Les pratiquants BDSM.

 

Vous l’aurez compris depuis longtemps, mon vécu du « milieu »  SM français est constituée de ma toute petite expérience personnelle concrète mais aussi de celle que j’ai, plus étendue, de la fréquentation de chats et de listes, du SM virtuel donc mais qui est bel et bien florissant.

 

Je découvre chaque jour, avec la plus grande des stupéfactions que, là, où les anglo-saxons fonctionnent par sites pour la plupart associatifs et tolérants, nous, dans notre zone franchouillarde, nous avons mis en place un système d’une rare intolérance…

 

Il faut partir du principe que le BDSM n’est pas un et un seul, c’est à dire une vision qui serait commune à tous. Mais une multiplicité de visions qui, au lieu de se complémentariser et de s’enrichir mutuellement préfèrent s’affronter sans cesse.

 

Nous avons les SM, les BDSM, les « hards », les « soft », les « intellectuels », les « vrais », les « faux », les « fantasmeurs », les « virtuels », les « opportunistes », les « sérieux », les « ironiques », les « tendres », les « grincheux », les « malhonnêtes », les « marketing über alles », les « en-dehors », les pluralistes, les échangistes, les uros, les fétichistes etc etc.

Et tout ce monde là, tenant à marquer lourdement sa différence, fait que l’Internet BDSM français est une guerre permanente de factions, un Congrès de Rennes ad libitum où chacun cherche à « bouffer » l’autre…

Les forums BDSM en France n’aboutissent à rien qu’à de l’invective, les listes itou… C’est à qui aura le dernier mot quel que soit le sujet. Et chaque jour, cette nouvelle « déviance » grandit… Etonnante chez ces gens qui se savent pourtant, comme je le disais plus haut « à peine tolérés », d’être aussi intolérants.

 

N’ayant à lutter POUR rien, il nous faut donc pour exister toujours lutter CONTRE quelque chose ou quelqu’un…

Aveugles « pervers » imbus de leurs certitudes qui finissent par en faire une « perversité » qui se retourne contre l’autre.

Sans nous rendre compte jamais qu’au-delà de ces chapelles, c’est l’individu qui doit prévaloir et que nous ne sommes en fait les représentants de rien, puisque notre sexualité relève seulement comme celle de tous les autres, BDSM ou non, de l’être profond qui habite en nous, dans les sphères plus reculées de l’intimité où nul n’a le droit de placer le doigt, de poser un mot…

 

Et pourtant cette notion de ghetto a la vie dure !

Le ghetto étant toujours celui où l’on voudrait faire enfermer l’autre, si possible !

Puisque la tendance est malgré la multiplicité décrite plus haut à ce que chacun veuille détenir la vérité, l’unique !