BDSM Mistress

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Il y a quelques jours, j’ai écrit « m’être pris une volée de bois vert » de la part de deux Dominas sur le forum BDSM italien où je proposais de dépoussiérer la check-list internationale.

Ce n’était pas tout à fait exact à bien y repenser.

Ce forum ne fonctionne pas comme ceux que nous connaissons en France : personne n’y reprend dans un petit encadré le discours de l’autre pour le démolir, il n’y a pas de modérateur/trice qui vient toujours placer « la sienne » comme parole définitive.

Mais il y avait si longtemps que je n’avais pas « forumé » en France que j’avais oublié tout cela.

Non, ce qui s’est passé en fait, c’est que contrairement aux autres membres du lieu qui assortissent leurs réponses de « Je pense que… » ou de « A mon avis… », je me suis aperçue que les Dominas italiennes répondaient par un texte qui assène, qui ne peut ensuite être discuté.

Et dire que nous nous plaignons de la prétention de nos Dominateurs franchouillards!

 

Ce que je proposais de faire en « dépoussiérant », c’était d’ôter l’adjectif « forcé (e) » (en français dans la même check-list, il est écrit « imposé » qui ne vaut guère mieux) qui accompagne bon nombre de pratiques et qui me semblait être tout à fait étonnant pour des gens (ceux de ce forum) qui ont comme bannière : Le BDSM, c’est le SSC (Safe, Sane, Consensual).

 

C’est ce « Consensual » qui a été remis en cause d’étrange façon.

Ces deux dames m’ont donc « fait savoir » que le fait de « consentir » ne pouvait être utilisé qu’une seule fois : la première, lorsqu’une personne soumise choisit son Maître/sa Maîtresse. Ensuite, ce choix effectué, il était définitif et tout ce qui allait avec n’avait plus à être négocié.

 

Là où est le problème, c’est que l’on ne peut point débattre avec elles, il n’y a pas de portes ouvertes.

Elles ne s’expriment pas, elles théorisent en se basant sur des philosophes de "la chose" et notamment sur la notion américaine du TPE (Total Power Exchange).

Pour ceux/celles qui voudraient en savoir plus long sur ce terme, je conseille Google.

 

Je m’en tiendrai à dire qu’en France, nous évoquons plutôt les « échanges de pouvoir » (ce qui est assez mal dit puisque il s’agit en fait de l’abandon de pouvoir univoque de l’un(e) envers l’autre dans le jeu érotique BDSM et que le pluriel d’ « échanges », bien que constamment employé, est malvenu : il ne devrait être utilisé que pour les personnes qui « switchent »).

En tout cas, chez nous, l’adjectif « Total » passe quasiment à la trappe si ce n’est lorsque l’on prend en considération les quelques prétendus adeptes du BDSM 7/7, 24/24.

 

A la suite de l'intervention "Dominesque", je n’ai émis en forum qu’un doute sur le mot « définitif » qui me paraissait aller bien mal avec la vie humaine et sa fugacité…

Sur ce, la consoeur venue l’appuyer remettait, elle, en cause le « safeword ».

Ça c’est, pour le dire brièvement, le « mot de sécurité ».

Il paraît que le plus usité est "rouge"...

 

Nos jeux ne sont pas innocents et il est toujours conseillé d’avoir mis en place ce « passe » afin de faire cesser immédiatement les choses si, pour une raison ou une autre, la douleur-plaisir ne fonctionne plus en tant que telle et devient de la pure douleur. .

 

Or, voici donc que la deuxième de ces Dominas déclare que non seulement le « consentement » est en effet donné une fois pour toutes mais que le « safeword » s’il devait être utilisé, révèlerait l’erreur de la personne qui domine, erreur  bien entendu impossible à moins de n’être pas « vrai(e) » Dominant (e).

 

Pour la petite histoire, des « lots » de soumis sont venus dire « Oui, Maîtresse, je suis votre esclave pour toujours dès que vous le voulez » et une soumise (mais celle-là, c’est LE cas, on n’a pas ça dans l’Hexagone et, je crois, nulle part ailleurs) clamer « Le Maître ne se trompe jamais ».

 

J’ai toujours été claire : les Dominas et les soumis,  je ne connais pas.

Je veux dire que leur mode de fonctionnement m’est étranger. Donc, je ne tire aucune conclusion « universelle ».

Surtout qu’en France, nous sommes plus détachés du BDSM américain.

 

Le propos me paraît toutefois dangereux dans cette idée de consensuel joué comme au poker, dans ces femmes très intellectuelles et peu charnelles (je me base là sur l’ensemble de leurs interventions dans divers threads du même forum) et dans ce safeword « code de sécurité » présenté comme une tache sur l’honneur du/de la Dominant (e).

 

Consentir, c’est à toute étape de la relation (pas à chaque seconde, évidemment !) qu’on doit en avoir la possibilité -même si je dois faire se tordre quelques bouches - et dire que, non, "rouge"!, ça dépasse le supportable ce jour-là et à cette heure-là, c’est le droit le plus strict de celui/celle qui a « échangé » son pouvoir.

C’est bien souvent celui/celle-ci qui -pour des raisons très banales, un éclat du miroir de son propre vécu quotidien dont il a mésestimé l’impact et qui vient paralyser l’instant fragile des retrouvailles sensuelles- se retrouve du même coup hors-jeu pour le temps d’une « séance ».

Il n’y a pas de honte pour lui/elle.

 

Comme il n’y a pas là de honte pour qui domine.

Et quand bien même ce serait lui/elle qui se serait trompé, qui aurait commis la légèreté de ne pas pressentir, cela nous rappellerait seulement à bon escient que le Maître/la Maîtresse BDSM n’est pas un Dieu/Déesse omnipotent(e), omniscient(e)…

 

Le jeu BDSM étant basé sur des limites à franchir, à dépasser, sur la progression du pic érotique (sans cesse mouvant en soi) à l’infini, il est indispensable de pouvoir toujours garder la confiance.

Mutuelle.

Celle-ci passe par le droit inaliénable au renouvellement du consentement et, bien sûr, par la potentialité d’user du « safeword ».

 

Sans limites donc mais avec de bons garde-fous…