Photo © Inlocodeus

 

 

On m’envoie un petit forum qui est censé me faire rire ou tout au moins sourire.

 

Même pas, désolée, chère C.

En faire une note ici, oui.

Mais je précise que je t’ai avertie que tu trouverais ma réponse en ces lieux ce soir.

 

Ton forum, il y est question de « pseudos-soumises » et c’est de ce mot que, toi qui m’ adresses ce texte, tu penses que j’aurais des raisons de me divertir vu le contenu de mes pages.

Mais tu m’interroges cependant sur ce que je pense de cette terminologie, de ce qu’elle recouvre et pourquoi.

 

La « pseudo-soumise », tu sais, c’est tout simplement celle qui n’est pas une « « vraie soumise » mais une « fausse soumise » et là, je souris franchement parce que ce n’est pas sans me faire immédiatement penser à la « Fausse suivante » de Marivaux et dès qu’il est question de cet auteur, le BDSM perd tout à coup bien de son sérieux puisque Marivaux exploite souvent le biais du masque et du déguisement pour traiter de ses personnages.

Mais c’est lui qui décide de ce faire.

La « Fausse suivante » n’est telle que parce que Marivaux l’a voulu, que parce qu’il a construit une œuvre où le libidinal est lié à la mascarade.

 

Rapportons la chose à ton forum.

C’est un homme qui parle de « pseudos-soumises ».

Celles-ci sont donc celles qui ne correspondent pas à la définition que celui-ci a de la soumise. On ne peut, sinon à connaître l’intervenant, savoir ce qui relève du vrai et du faux pour lui.

Un autre eut-il écrit la même expression que sans doute ces deux « imago » (la « vraie » et la « fausse soumise» ou la « pseudo ») auraient été bien différentes.

Et différentes encore pour un « troisième homme ».

Ceci ad libitum…

 

Tu n’as pas à t’en faire, tu n’es pas une « pseudo-soumise », une « fausse soumise ».

Et quand bien même tu le serais (c'est à dire si tu te sens concernée par les propos de ce monsieur), tu ne le serais jamais que pour lui.

Moi, à travers le ton qu’il adopte, je suis même orgueilleuse de me dire que, s’il me lisait, j’en serais sans conteste une pour lui.

Qu'avons-nous à faire de son opinion?

 

Mais celui qui écrit n'a pas ce sentiment.

Son texte est très intéressant à décrypter.  

Il parle en pensant détenir la vérité.

Ça se sent très fort à la manière dont ses phrases s'ordonnent dans ce bref message.

Il affirme, il démontre et il balaye même d'avance d'un revers de main dédaigneux ce qu'on pourrait lui opposer : son arrogance.

Et pourtant, allez, relis-le bien...

Seul un personnage de Molière avait ce talent de tout détourner.

Tu ne devines pas? Attends la fin de ma note...

 

Reste que ce sujet est bien l’un de nos marronniers et qu’il n’y a rien de nouveau là dedans…

Si ce n’est peut-être que vient se rajouter dans ton texte l’expression, plus rare, de « pseudos Dominantes », à mettre dans le même sac que les premières citées, et que la suite du discours pointe du doigt le narcissisme des unes et des autres qui serait conforté par l’éternelle loi de l’offre et de la demande (de nombreux hommes demandeurs pour peu de femmes offrantes).

 

Le seul commentaire que j’aurais envie de faire est celui-ci.

Il est tout à fait probable que l’émetteur de ce message a pleinement conscience, dans son existence quotidienne, de vivre dans un monde qui bouge, économiquement, socialement etc.

Pourtant il manifeste là, avec son histoire de « pseudos », une vision figée, cristallisée, monolithique du BDSM.

 

La « The » soumise serait ainsi un peu comme la « The nana » de Léo Ferré, une chanson gravée dans le marbre.

Un mythe.

Immuable, avec des caractéristiques définitivement définies (j’aligne volontairement les deux mots).

Quelles que soient ces caractéristiques, il est défendu d’y toucher.

Quelle crainte cela cache-t-il ?

Celle de découvrir sous les pavés la plage et de s’y noyer ? C’est possible.

Celle de devoir se remettre en question ? C’est encore plus sûr.

 

Je m’étonne toujours de ceux qui ne comprennent pas que le BDSM (acronyme né aux USA, 40-50 ans d’âge ?) soit fait, comme toute autre sexualité, pour évoluer.

En quarante-cinquante ans, l’érotisme « vanille » a fait des pas de géant. Ce n’est pas pour rien que c’est un slogan de mai 68 qui m’est venu sous le clavier quelques lignes plus haut.

 

Et nous devrions, nous, être les gardiens du Temple Sacré ad vita aeternam?

 

Alors, lorsque l’on n’a pas de véritable argument à donner, on en vient à parler du narcissisme.

Véritable épouvantail puisque c’est la chose impossible pour une soumise qui n’existe, selon les règles, que pour être l’objet du Dominant.

J’en viens quasiment à rire tout d’un coup car je me dis qu’à force de rabâcher ces règles, il serait plus que logique que celles à qui l’on intime « En ma présence, les yeux baissés tu garderas » finissent par n’avoir d’autre horizon que leur nombril et là, Narcisse serait donc la conséquence logique…

Mais toujours selon ton beau monsieur, les « pseudos-Dominantes » souffrent du même mal et du coup, mon explication ne vaut plus…

Dommage, elle m’amusait bien.

 

Je dévie un peu.

Les « pseudos-Dominants » et les « pseudos-soumis », ce serait quoi selon ton monsieur si péremptoire ?

Il est vrai que ce forum ne parlait que de femmes.

Je vais donc essayer de répondre à sa place.

Ce seraient tout d’abord, en m’inscrivant dans le schéma précédent, tous les dominants ou tous les soumis ne correspondant pas à la notion qu’une femme précise en a, notion qui varierait selon la femme etc.etc.

 

Sauf que, là, il y a un léger problème.

J’ai, pas plus tard qu’il y a deux jours, parlé ici de « soumises bêlantes » mais je ne les ai jamais taxées de « pseudos » ou de « fausses », j’ai simplement dit que ce n’était pas mon truc et que je trouvais cela tristounet.

De plus, lorsque (hors virtuel) des amis hommes m’ont parlé de « fausses soumises », il s’agissait toujours de rendez-vous manqués, de lapins posés et en fin de compte, le doute qui s’insinuait en eux était invariablement : « Je pense que c’était un homme qui se faisait passer pour ».

 

Nous les femmes, nous avons en revanche presque toutes l’expérience de « pseudos-dominants », ceux qui mélangent les genres et qui sont au mieux de simples queutards à la recherche d’un tir au but facile, au pire des fantasmeurs sans expérience qui risquent le coup de poker : se transformer enfin, au douzième coup de minuit, de citrouille en « Maître » !

Un pseudo (ici dans le sens « un profil »), c’est vite rempli.

Quoi de plus facile que de s’y nommer « DeSade2006 » ?

 

L’inconvénient est variable.

Soit Le Marquis que l’on rencontre donne des signes inquiétants de dévaluation au travers des siècles jusqu’à n’être qu’un nobliau à oublier, aussitôt vu aussitôt fait, soit il a lu (non Sade, aucun ne l’a jamais fait, parole !) mais « Le Lien » de Vanessa Duriès et « Soumise » de Salomé et il prétend vous entraîner dans un trip dont il n’a  qu’une connaissance livresque.

Là, la sage décision c’est « Courage ! Fuyons ! »

Après tout, c’est tout de même de notre peau qu’il en va dans toutes ces histoires…

 

Evacuons les deux premiers points : les « pseudos » et le narcissisme.

Resteront l’offre et la demande.

C’est un problème bien réel et il peut être traité sans l’acrimonie qui perçait à travers les mots du forum que tu m’as envoyé.

 

Oui, d’honnêtes dominateurs ne rencontrent pas, ne trouvent jamais leur soumise.

Et c'est payer bien cher pour eux leur honnêteté, leur manque d'artifices, leur refus des masques (et sans doute en est-il de même pour de sympathiques soumis -j’émets cela comme une hypothèse, c’est un univers que je ne connais pas du tout.)

 

L'on retrouve là la façon dont on a gavé la femme (la soumise) avec une image de maître (ou de dominant) tellement « carrée » qu'elles croient que celui qui sort de ce modèle ne mérite pas leur considération.

Il est au contraire des dominants, chacun avec moult soumises qui sont tout bonnement des as du marketing BDSM de persuasion.

Un tour de passe-passe verbal et la(les) affaires(s) sont dans le sac...

Regarde un peu où commence la manipulation, le mindfucking même, hein !

Tu m'en diras tant!

 

Je finis ce post comme un chat : je retombe sur mes pattes.

Vois-tu, quand tout cela aura changé pour de bon, quand le BDSM ne sera plus construit sur des dogmes mais sur ce que chacun de nous voudra bien faire sien en lui, tout le monde trouvera chaussure à son pied.

 

Et les puristes qui savent tout, fiers de leur précieuse jactance SM (n’avais-tu jamais remarqué qu’ils n’utilisent pas le terme BDSM, ceux et celles-là ?), resteront eux aussi entre eux et seront très heureux dans leur mignon petit ghetto.

A faire leur…Narcisse.

 

Ou, mieux encore, leur Tartuffe.