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Depuis des mois, c'est-à-dire depuis qu’elle le connaît, elle porte comme dans l’attente de lui un tour de cou de toutes petites perles ivoirines.

Chaque semaine, elle en ôte une. Il est devenu à la longue de plus en plus étroit. Plus le fil serre et plus elle se sent sienne.

L’été ne faiblit pas ni la chaleur et les perles, à l’insu de tous, pressent sur son cou, péniblement parfois. Elle supporte avec courage et même avec une sorte d’extase car elle sent que l’heure approche…

 

C’est le moment -pense-t-il- de troquer son rang de perles pour quelque chose de plus évident, de plus adapté à la situation. Quelque chose qui lui rappellera chaque jour à quel point elle lui appartient. Elle est sur un fauteuil, le soleil joue dans ses mèches couleur de châtaigne.

Il tourne autour d’elle en l’observant. Il note combien ses pas doivent résonner en elle à chaque battement de ses paupières.

Il s’arrête à sa droite, passe la main dans ses cheveux, descend lentement le long de sa joue, s’attarde sur l’ovale du visage jusqu’à parvenir au tendre pli du cou.

Il introduit deux doigts entre celui-ci et le fil qui retient les perles qu’elle a portées jusqu’alors. Il le brise en tirant une unique fois mais sans hésitation. La peau tendre se marque d’une ligne rouge infime due à ce geste, les perles se répandent sur le carrelage en tintinnabulant…

 

Elle le voit sortir de sa poche un objet sombre : c’est une fine ceinture. Il enserre son cou fortement, sans indulgence.

Elle a le souffle coupé, une larme jaillit de son œil droit. Il élargit un peu sa prise.

Il ampute alors la ceinture d’une bonne longueur d’un seul coup de sécateur et de ce qu’il en reste, il referme la boucle et la fixe dans le passant.

Elle se dit que ce collier tant espéré et finalement improvisé, elle le portera toute sa vie…

 

Il pointe un doigt vers elle et dit « Reste assise ».

Elle obéit, immobile, les mains posées sur ses cuisses, les pieds bien à plat sur le sol.

Il aime ce contraste entre la peau claire, les cheveux qui flamboient et le noir du collier.

Il vient plus près d’elle à nouveau. Il enfile la main entre le cuir et sa nuque.

Il y a de la place, trop de place.

Il retire la ceinture de sa boucle et rajoute un cran.

« C’est parfait » : il ne le dit pas, il fait seulement un signe du poignet, qu’elle comprend au vol…

 

Parfait, oui.

Et c’est une nouvelle attente qui commence pour elle.