Photo © Les Films du Carrosse et A.A.A.

 

 

                                  

 

                                                               Photo © SN Prodis

 

 

Je commence à penser et à préparer pour bientôt une note de « L’Encyclopédie BDSM d’Aurora » qui sera le « M » de Monogamie.

Autant déblayer un peu le terrain d’avance. Reprendre la genèse.

 

Si je peux parfaitement concevoir l’amour sans BDSM, je ne conçois pas pour moi l’inverse, c'est-à-dire le BDSM sans amour.

Et en plus, Amour avec un grand A.

 

Bien sûr que mes attirances sont issues de l’enfance et notamment du monde de l’image et des jeux de ces tendres années mais je ne mettais pas alors de nom sur elles et bien malin qui les aurait devinées…

 

Plus tard, et je l’ai écrit souvent, ce furent des découvertes littéraires qui me firent trouver fade le courrier des lectrices de « Mlle Age Tendre », magazine alors fort prisé par les jeunes filles.

Et les boums, les baisers-malabar avec la langue, les « Je sors avec toi mais je préfère ton copain »…

Pfff… Je voulais aller plus haut.

 

Il y avait Roberte. C’était ma meilleure amie.

Nous avions  toutes deux à peine quatorze ans et demeurions dans le même petit village.

Nous étions tombées amoureuses passionnément de « deux gars à la moto » du lycée qui nous connaissaient à peine.

Amours rêvées. Amours imaginaires.

 

C’est moi qui lus la première l’ « Histoire d’O ».

A cet âge-là, que comprendre à Pauline Réage?

Moi, je ne vis qu’une chose : une O extrêmement amoureuse de René puis de Sir Stephen, prête pour l’un puis l’autre à toutes les épreuves.

Et quelles épreuves ! On était bien loin des baisers-malabars.

 

Et bien, le gars à la moto, je voulais l’aimer comme ça.

Je ne me posais pas d’autres questions.

 

La même année, sur deux samedis, Roberte et moi allâmes voir deux films : « L’Histoire d’ Adèle H. » de François Truffaut et la version filmée d’ « Histoire d’O » par Just Jaeckin.

Curieux raccourci que ces deux titres en « Histoire de »…

 

« Histoire d’Adèle H. », pour ceux qui ne le connaîtraient pas, c’est un épisode de la vie d’Adèle Hugo, la fille du célèbre poète, qui s’amourache d’un militaire anglais qui la délaisse et qui en devient folle, au point de le suivre en fuguant jusqu’à Halifax où il est en garnison, sombrant peu à peu dans la psychose.

Elle termina son périple à La Barbade, ayant oublié jusqu’à son nom et fut rapatriée par une femme du coin qui connaissait et respectait infiniment le patronyme de Victor Hugo qu’elle avait trouvé dans une lettre qu’Adèle portait sur elle.

Rentrée en France, Adèle devait finir, après de nombreuses années d’enfermement, ses jours dans un asile.

Elle est, dans ce film, magistralement interprétée par Isabelle Adjani, filmée comme seul Truffaut, en France, savait fimer les femmes.

 

Une amoureuse folle. C’est ce que nous y vîmes encore et non une folle amoureuse.

 

Ce qui nous amena, pour les deux longs métrages, Roberte et moi, à nous poser la même question :

« Et toi, tu le ferais (de te faire fouetter/d’aller à Halifax) pour X ?

Et bien évidemment, nous répondîmes oui.

 

Nous voulions quoi en fait ?

Un amour absolu, un absolu d’amour (comme on parle de l’absolu d’un parfum).

Quelque chose de terrible et de fort.

Une folie.

Comme on imagine les folies (et non la folie) à cet âge.

Quand on veut qu'amour et passion soient synonymes.

 

 

Je n’ai fait ensuite que chercher cet amour.

Unique, forcément unique.

Je l’ai trouvé dans le BDSM. Réalisant mes rêves d'adolescente…

Mais ce n’était pas inscrit comme une fatalité.

Pour moi, intrinsèquement, Adèle ou O, c’était la même force, la même grandeur, la même ferveur.

Alors, tout aurait pu aussi bien tourner tout autrement.

 

Roberte était fille de cultivateurs. Elle épousa cinq ans plus tard le fils aîné de son voisin.

Elle a aujourd’hui trois grands enfants et travaille la terre comme sa mère et sa grand-mère l’avaient fait avant  elle.

J’ai mis vingt ans à devenir une « soumise ».

 

Depuis mes dix-huit ans, je ne retourne au village que pendant les vacances.

Roberte et moi, nous nous rencontrons l’été, sans nous parler, sans jamais changer de trottoir pour aller l’une vers l’autre.

Nous faisons-nous peur ?

Voulons-nous éviter de faire le bilan ?

Ou de nous souvenir de nos quatorze ans ?

Sommes-nous incapables de rétablir un contact de crainte d’être amenées à parler …d’Adèle et d’O ?

Et de l'amour?

 

 

PS : Et une note dans mon second chez moi :

http://www.u-blog.net/oiselle/note/2