C’était, ce fut notre seule soirée publique -comme on dit- de cet été.

Quelques jours auparavant Paris-Match (non, ce n’est pas notre hebdo favori habituel mais la nouvelle avait vite couru dans le Landernau que le poids des mots et le choc des photos s’intéressait à « nous » cette semaine-là) avait publié un article sur le SM ou le BDSM en France sous le titre « Les donjons de la volupté ».

On y lisait notamment, avec un sourire-clin d’œil, Pascal, le si chaleureux propriétaire parisien du club Cris et Chuchotements  déclarer que « Tous [ses] clients sont des poètes.. ».

Tous, certainement pas, n’y voyez pas de pique, je dis cela seulement parce que je ne les connais pas tous, justement…

De toute façon, cet été ne nous entraînait pas vers Paris (on se rattrapera en octobre) mais vers le Sud, le Sud du Sud voire aussi l’Ouest du Sud.

Dans l'un des multiples entrefilets du reportage, la journaliste Catherine Schwaab revenait sur Patrick Lesage et son « Journal d’un Maître ». J’ai écrit en temps et heure tout le mal que je pensais de ce bouquin rewrité. Et je maintiens même si cette journaliste le trouve, elle, « pas mal écrit ».

Quant au « Maître » en soi…

Nous allions en malheureux « lelouchiens » que nous sommes, sous la coupe des hasards et des coïncidences, le croiser pour la seconde fois de notre vie lors de cette fameuse soirée.

 

L’endroit est beau, plus que beau même. Je me souviens encore du charme fou que je lui trouvai lorsque M. m’y conduisit pour la première fois. Le parc est immense, partagé en deux : on mange sous les arbres à la nuit tombée et c’est important de le dire pour dédramatiser une fois de plus ce que sont « nos » lieux, non des repaires pour tortionnaires mais des points de rencontre pour libertins assis sur les branches variées de la même « famille ».

Les étrangers, surtout ceux venus du Nord, y sont en nombre et si l’on connaît mon peu de goût du dress code, chaque année, j’admire là des corsets qui sont pour de bon à …couper le souffle et que l’on ne trouve sur aucun catalogue.  

 

Nous étions là un soir où il y avait affluence.

Le Maître Patrick donc.

Bon, il fallait avoir vu sa photo pour savoir qui il était. Bien sûr qu’il jouait la pavane mais (et nous le verrons) il n’était pas le seul.

Il se baladait devant les commensaux en allers-retours, donnant le bras de la plus antique galante manière à une jeune femme en kilt qui le dépassait de deux têtes et affichait bien trente ans de moins.

Puis il s’en fut, à l’abri des yeux curieux, officier de l’autre côté du bosquet, ne manquant pas de laisser cependant sa « mallette de dominateur », une étrange boîte plate et ornée d’un cercle métallique style jante de voiture, posée sur le podium où un autre homme bondageait esthétiquement deux très fines lianes.

Il y revenait de quart d’heure en quart d’heure chercher quelque nouvel instrument qui, du coup, se trouvait bien en vue.

Tout ça pour dire qu’il aurait pu amener la mallette une fois pour toutes avec lui mais…il eut été moins présent alors!

Du lieu où il s’activait parvenaient en tout cas des cris très forts parfois et, je dois l'avouer, il y eut un moment où je fus quelque peu tendue à les entendre.

Ce n’est que plus tard dans la nuit que je compris.

A un certain moment, il me fallut sortir de la maison prendre un bol d’air : là, il jouait devant le perron dans la partie accessible aux yeux de tous, à la clarté de quatre lampes bleues et devant une dizaine de badauds, faisant tourner en rond et au bout d’une laisse une seconde très jeune femme nue avec un mors seulement, rappelant le thème de la pony girl.

Au bout de trois tours, pour la récompenser, (je ne sais depuis combien de temps ils étaient là), il prit son fameux « instrument » de plaisir (celui dont son livre parle tant et tant) et je compris alors que les cris gutturaux qui m’avaient fait froid dans le dos plus tôt dans la soirée étaient des cris d’orgasme. Pour le coup, la dinde effarouchée des heures précédentes, c’était bien moi!

Je ne puis donc l’accuser d’avoir tenu spectacle de façon marquée et ostentatoire comme on aurait pu s’y attendre après ses écrits.

 

Ça, d’autres s’en chargeaient…

Le jeune lyonnais que j’appelle « la star montante » en tee-shirt et carquois à fouets siglés à son initiale, avec une coiffure et l’ensemble de sa tenue vestimentaire qui faisaient surtout songer au DJ de quelque soirée fetish très branchée s’occupait des femmes intéressantes dont celle que je nommerai la « bonne dame du Sud-Ouest », elle-même accompagnée de deux hommes, l’un qui la fouettait mollement et l’autre qui la photographiait assidûment.

Tant que ce fut dehors, rien à dire.

 

Mais il est temps de préciser que le lieu consiste surtout en une maison avec un étage dont les pièces exiguës servent de « salles de jeux ». Vu le nombre des présents ce soir-là, vu que certains occupèrent les lieux les plus « stratégiques » durant toute la soirée sans  se soucier de faire place aux autres, autant dire que c’était coton pour enfin trouver un endroit pour « faire » ce que le feeling qui passait entre M. et moi pouvait nous donner envie de mettre en scène en utilisant le décor magnifique.

Nous avons finalement fait un bondage « à la roue » dans une pièce où une domina jouait tranquillement avec son soumis. Eux et nous en silence.

M. et moi dans notre monde. Eux dans le leur. Moi qui plonge en moi-même pour accepter les positions, les cordes, les liens, la roue qui tourne, le cœur qui bat.

Emotions, odeurs de M. qui me frôle, je ne veux rien voir, je ferme les yeux.

C’est si bon et je T’aime. C’est si bon, c’est si fou…

 

Pas longtemps.

Voici que le quintet « en vogue » déboule en riant très haut, en parlant très fort.

A côté de moi, la bonne dame du Sud-Ouest se fait aiguiller (je ne le saurai qu’ensuite) par le lyonnais à la mode. Son photographe patenté illumine la petite salle de flashes ultra puissants, se déplace pour mieux cadrer, me heurte les pieds, les mains, la tête, ne s’excuse pas.

Et je commence à ne pas me sentir très bien parce que je ne sais pas ce qu’il photographie, ce qu’il vise (M. me dira plus tard qu’il voyait que je ne pouvais apparaître sur ses clichés mais moi, je ne le savais pas), parce que ces gens font trop de bruit.

La petite domina se fâche un peu. Bing ! Elle se  fait retourner comme un gant en deux minutes par la bonne dame du Sud-Ouest qui lui dit qui elle est (en fait, quelqu’un de « connu » qui apparaît d’ailleurs dans le livre de Maître Patrick), monte à califourchon sur le soumis, lui parle à haute voix de ses cinq piercings qu’elle lui fait sentir en se frottant, de son beau pays qui vient de gagner la coupe du monde de Foot (merci, on le savait et d’ailleurs c’est d’un érotisme fou…)

 

C’est comme ça qu’ils me l’ont gâchée, ma soirée. Mais…c’est le Milieu et soi-disant la classe dans le Milieu. Ben, moi, j’ai trouvé l'instant et l’attitude très vulgaires.

Madame Sans-Gêne en scène plutôt qu’une « pointure » de la scène SM.

Si quelqu’un devait se reconnaître ici, tant pis.

Il est des soirées où des gens qui n’ont aucun « nom » dans le BDSM sont des voisins de jeu agréables, discrets, complices par un seul regard échangé.

Pas eux en tout cas.

 

Voici comment je me suis retrouvée dehors, furieuse, à me calmer et que j’ai eu l'occasion de voir le Maître Patrick en action.

 

Tout cela est déjà presque oublié.

Je sais très bien que la roue tourne au sens figuré aussi que et j’y retournerai.

Car c'est bien là que se trouve l’un des « donjons de la volupté » parmi les plus chers à mon cœur...