Tableau « La Sainte-Victoire au-dessus de la route du Tholonet »-1904- © Paul Cézanne et R.M.N.

 

 

 

« …Cézanne peint
Il laisse s'accomplir le prodige de ses mains
Cézanne peint
Et il éclaire le monde pour nos yeux qui n'voient rien
Si le bonheur existe
C'est une épreuve d'artiste
Cézanne le sait bien… »

 

« Cézanne peint »-Paroles Michel Berger pour France Gall.

 

 

Quand il ne reste que peu de jours, il faut forcément trier dans les choses à dire ou à montrer.

Pas de BDSM pour cette note donc.

 

La réparation d’une omission, un clin d’œil toujours remis de soir en soir vers l’exposition « Cézanne en Provence » au Musée Granet d’Aix.

Pourtant, c’est le 9 juin, le jour de l’ouverture que nous l’avons visitée, deux séances horaires après Monsieur De Villepin qui s’était réservé une « plage » pour lui tout seul, avait fait prendre beaucoup de retard et mécontenté bien du monde…

Depuis, Cézanne a reçu près de 150 000 visiteurs déjà et la manifestation devant durer jusqu’au 17 septembre, on imagine  quel sera le bilan final.

Vous en parler maintenant parce qu’il est temps encore de programmer une étape vers cet homme « illustre » mais inconnu peut-être, tout au moins dans sa « vérité ».

Attendre mon retour fin août pour le faire serait  bien stupide.

 

C’est très facile de dire cela mais ce « Cézanne en Provence » est à ne manquer sous aucun prétexte (si possible faire aussi les visites annexes « Le jas de Bouffan », « Les carrières de Bibémus » et surtout « L’atelier des Lauves » pour mieux « vivre » Cézanne).

Tout d’abord, c’est la première fois qu’un hommage de cette envergure se tient ailleurs que dans la capitale. Ce serait dommage de ne pas montrer combien la province est disponible pour accueillir à leur juste mesure des choses de cette importance.

Ensuite parce que le fond constitué (117 œuvres) est un panorama complet du « peintre en sa région ».

 

Région qui l’accueillit fort mal en son temps.

Cézanne ne fut pas un peintre « à succès », il fut même dénigré par les autorités artistiques de la ville d’Aix qui ne fait que lui rendre justice aujourd’hui.

Mais, et c’est une évidence, s’il est un endroit où il faut voir Cézanne, c’est bien là, à quelques kilomètres des lieux qu’il peignit pour voir ces lieux du même coup et comprendre les variations de sa peinture dans le temps.

 

Très classique d’abord, il ne faut pas oublier que l’artiste se forma à Paris (et notamment au Louvres) où il était allé rejoindre Zola, l’ami d’enfance, avec lequel il se brouilla lorsque celui-ci lui fit parvenir des années plus tard l’un des premiers exemplaires de « L’œuvre » roman mettant en scène un peintre raté ressemblant comme deux gouttes d’eau à Cézanne.

Lequel ne se remit jamais de cette trahison : ainsi l’ami n’avait jamais pris son travail au sérieux alors que pour Cézanne, peindre avait été une voie bien difficile qu’il ne put suivre que grâce aux subsides paternels donnés avec mauvaise volonté souvent…

 

Cézannien, si l’on peut dire, ensuite, et en constante évolution, au point de devenir tellement personnel à travers son jeu des couleurs et des formes que quelques-unes de ses toiles préfigurent le cubisme. C’est frappant à les voir « pour de  vrai » en jouant le jeu de s’éloigner, de se rapprocher, ce qui est en fin de compte la seule manière de « regarder » vraiment un tableau.

 

Cézanne, peintre solitaire et méconnu du monde des arts français à son époque, véritable génie cependant, mourut d’un refroidissement attrapé en peignant tout un après-midi sous la pluie « sa » montagne, la Sainte-Victoire, en 1906, à l’âge de 65 ans dans cette ville qui l’avait vu naître.

 

Si vous le désirez, vous pourrez ensuite poursuivre l’itinéraire Cézanne jusqu’à Marseille, aller y voir l’Estaque qu’il peignit maintes fois et dont vos yeux se seront repus au Musée Granet et si venir jusqu’à chez nous ne vous est pas possible, alors, au moins flâner dans Aix et apprécier le calme et la beauté de cette ville pour moi à nulle autre pareille, univers de certains de mes plus beaux souvenirs d’enfance…