BDSM or Fetish AURORAWEBLOG 

                                                    Photo © Günter Blum

 

 

Il fut un temps où l’on ne parlait pas de SM, encore moins de BDSM. Ou si on en parlait, c’était sous un angle pathologique.

Ce n’était pas nous qui parlions de nous mais des gens qui parlaient sur nous.

 

Artistiquement, bien sûr, le mutisme n’était pas aussi complet.

On ne peut pas passer sous silence l’ « Histoire d’O » mais entre sa publication en 1954 puis en 1975 la sortie du mauvais film qui en fut tiré et le scandale que suscita la couverture de l’ « Express » consacrée à celui-ci, il semble clair que là encore, les mentalités n’avaient pas changé.

Il y eut, avant ou après, d’autres livres, d’autres films mais tout  se passait sous le manteau ou bien, quand la lumière les éclairait quelque peu (je pense au « Liza » de Ferreri ou même, plus ancien encore, à « Belle de jour » de Bunuel), on la dirigeait de telle sorte qu’elle n’ouvre pas de débat sur le thème de certaines pratiques mais sur le sujet de la fonction de l’art, par exemple.

 

Ce sont dans les dernières quinze années que les choses ont évolué.

Tout d’abord, le BDSM (acronyme créé aux USA qui existe pourtant depuis 40 ans) a inscrit officiellement son nom en se différenciant du SM.

Puis, il a été médiatisé.

 

En France, ce fut par quelques émissions de télévision où l’on « tenta de tenter » mais, comme cela n’était pas facile, les choses tournaient bien vite à la caricature.

Je me souviens des louables efforts d’un Michel Field, lors d’une « Marche du siècle » où, hélas, de toutes les sexualités parallèles évoquées, le BDSM fut la seule à être rejetée sévèrement par le philosophe Michel Serres qui était le témoin du jour.

 

Puis la mode s’en mêla, reprenant des « idées » dans le BDSM et le banalisa d’un cran de plus.

Les journaux féminins osèrent publier sur la question, de façon légère mais sans doute tout de même déculpabilisante.

Internet fit le reste.

Et peu à peu, quelques noms émergèrent, composant ce que j’ai parfois appelé le « Milieu » et qui se réduisait à une vingtaine de noms, connus de tous.

Que ces « people » de chez nous aient eu une action positive ou négative serait un sujet de discussion à l’infini.

Ça dépend en fait de qui, où et comment.

Le dernier avatar de cette « époque » a été  la publication cet automne du fameux « Journal d’un Maître » de Patrick Lesage et sa catastrophique médiatisation.

Je dis « dernier » et « époque » parce que force est de constater que tous les protagonistes qui étaient évoqués là -s’ils n’ont certes pas disparu- se sont du moins mis en retrait (e) .

Certes, le Maître Patrick continue à officier et l’on voit souvent maintenant son nom associé à celui d’un autre « quidam » hard (lyonnais d’après ce que j’ai cru comprendre) qui serait la star montante. Mais d’un cercle de plus en plus confidentiel.

 

Dans l’absolu, on aurait envie de dire « Tant mieux ! ».

Le BDSM appartient de plus en plus à ses pratiquants lambda, sans besoin de porte-voix.

Et le regard que l’on pose désormais sur nous est plus indulgent, peut-être justement parce que le pratiquant lambda est moins propice à scandale que les « pointures » et leurs « happenings ».

 

Le problème est que dès qu’un terrain cesse d’être occupé médiatiquement, il ne peut y avoir de vide et celui-ci est immédiatement comblé.

Et voici que, depuis un an environ, celui qui parle BDSM, s’il reçoit une écoute plus « libérée » que celle d’antan,  s’entend répondre « Fetish ».

L'autre qui répond pense sincèrement discourir BDSM, voire même SM.

Mais il devise surtout de DJ’s, de musique, de la « Nuit Elastique », de la nuit « Pervarty » ou de leurs autres sœurs tout aussi parisiennes et de leurs quelques tentatives provinciales de clonage, toutes soirées dites « Fetish-SM » par leurs organisateurs.

 

Et là, c’est pire tout à coup.

Evidemment, nous avons échappé au « Test de Soumission », Grand Œuvre de nos gloires de jadis et aux « godes à pattes » du Maître Patrick mais c’est pour tomber dans des conversations sur vinyle et latex.

Soyons clairs. Je reconnais au « Fetish » (le vrai, pas le mondain) une forme d'art particulière qui n'est pas sans parenté avec nous (qui n'avons jamais su trouver la nôtre). Mais je ne puis aller au-delà.

 

Et bien sûr que, en ce qui concerne le mondain, soudain, il n’y a plus de problème pour l'admettre comme quelque chose de banal !

Puisqu'il ne s’agit plus vraiment de transgression mais au contraire de fêtes, de vêtements, d’événements qui sont en fait des shows.

« Quelle affluence ! On se marchait dessus ! Vous avez vu la démo de Maîtresse X.? J’ai adooorééé la musique et ses cuissardes bleues ! Heureusement que j’avais ma combinaison en latex noir de chez Z . Sinon, quelle honte… ».

 

De là à faire de tout ça la dernière vague d'un BDSM en évolution, il y a un pas qu'il ne faut pas franchir. Il donnerait lieu à un énorme malentendu.

 

Pourtant, tandis qu’à Paris un seul « vrai » club BDSM vivote et que les gens en province demeurent chez eux où vont vers des soirées privées, c’est bien le « Fetish » en fait qui aux yeux du grand public est à l'heure actuelle le synonyme de BDSM.

 

Reste à savoir si le second est, d'une quelconque manière comme le voudrait cette tournure prise, soluble dans le premier.

Ce n’est pas mon avis. Le second fonctionne sur le mode de l’être et le premier sur celui du paraître.

 

Il va y avoir un drôle de hiatus d’ici peu et de sacrées difficultés de dialogue, chacun employant le même mot pour nommer deux choses fondamentalement différentes.

Fetish-SM ou Fetish-BDSM, ça peut exister mais pas dans le sens qui lui est donné ici de façon commerciale. Or, tout le monde est en train de mordre à l'hameçon.

 

Ne plus faire peur enfin, c’est bien mais si c’est pour être confondus avec quelque chose de « in » (de bonne audience chez les branchés), ce n’est pas une affaire !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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