Sade Portrait Imaginaire par Man Ray AURORAWEBLOG

                                                   Portrait imaginaire de Sade © Man Ray

 

                        Man Ray Monument pour Sade 1933 AURORAWEBLOG 

                                              Monument pour Sade (1933) © Man Ray

 

 

Le but de ce blog étant aussi de signaler toute manifestation culturelle autour du BDSM, il ne saurait être question de passer sous silence l’exposition « Hommage à Sade » qui se tiendra à Paris, à la Galerie Marion Meyer, du 9 juin au 31 juillet et qui, tout en proposant pour la première fois dans la capitale les œuvres des artistes de la mystérieuse « Ecole de Malaucène », annonce aussi la présentation de la quasi-totalité des travaux de Man Ray autour de Sade.

Voici quelque chose qu’il ne faut pas manquer !

Sade est, pour beaucoup d’entre nous, connu sans l’être du tout. On croit savoir qui il était, ce qu’il a écrit.

Mais même parmi les pratiquants BDSM, rares sont ceux qui l’ont vraiment lu…

 

Pour m’associer à cet hommage, outre les deux images publiées ce soir, je pose ici un texte du Divin Marquis, non de veine obscène mais volontairement provocateur pour montrer la modernité de Sade, extrait de « Français, encore un effort si vous voulez être républicains », l’une des parties de « La philosophie dans le boudoir », écrit en 1795.

Après cela, on comprendra mieux les « prisons » de Sade…

 

 

«  La certitude où nous devons être qu'aucun dieu ne s'est mêlé de nous et que, créatures nécessitées de la nature, comme les plantes et les animaux, nous sommes ici parce qu'il était impossible que nous n'y fussions pas, cette certitude sans doute anéantit, comme on le voit, tout d'un coup la première partie de ces devoirs, je veux dire ceux dont nous nous croyons faussement responsables envers la divinité ; avec eux disparaissent tous les délits religieux, tous ceux connus sous les noms vagues et indéfinis d'impiété, de sacrilège, de blasphème, d'athéisme, etc., tous ceux, en un mot, qu'Athènes punit avec tant d'injustice dans Alcibiade et la France dans l'infortuné La Barre. S'il y a quelque chose d'extravagant dans le monde, c'est de voir des hommes, qui ne connaissent leur dieu et ce que peut exiger ce dieu que d'après leurs idées bornées, vouloir néanmoins décider sur la nature de ce qui contente ou de ce qui fâche ce ridicule fantôme de leur imagination. Ce ne serait donc point à permettre indifféremment tous les cultes que je voudrais qu'on se bornât ; je désirerais qu'on fût libre de se rire ou de se moquer de tous ; que des hommes, réunis dans un temple quelconque pour invoquer l'Éternel à leur guise, fussent vus comme des comédiens sur un théâtre, au jeu desquels il est permis à chacun d'aller rire. Si vous ne voyez pas les religions sous ce rapport, elles reprendront le sérieux qui les rend importantes, elles protégeront bientôt les opinions, et l'on ne se sera pas plus tôt disputé sur les religions que l'on se rebattra pour les religions; l'égalité détruite par la préférence ou la protection accordée à l'une d'elles disparaîtra bientôt du gouvernement, et de la théocratie réédifiée renaîtra bientôt l'aristocratie. Je ne saurais donc trop le répéter : plus de dieux, Français, plus de dieux, si vous ne voulez pas que leur funeste empire vous replonge bientôt dans toutes les horreurs du despotisme ; mais ce n'est qu'en vous en moquant que vous les détruirez ; tous les dangers qu'ils traînent à leur suite renaîtront aussitôt en foule si vous y mettez de l'humeur ou de l'importance. Ne renversez point leurs idoles en colère : pulvérisez-les en jouant, et l'opinion tombera d'elle-même.
    En voilà suffisamment, je l'espère, pour démontrer qu'il ne doit être promulgué aucune loi contre les délits religieux, parce que qui offense une chimère n'offense rien, et qu'il serait de la dernière inconséquence de punir ceux qui outragent ou qui méprisent un culte dont rien ne vous démontre avec évidence la priorité sur les autres ; ce serait nécessairement adopter un parti et influencer dès lors la balance de l'égalité, première loi de votre nouveau gouvernement. »

 

Sade - La philosophie dans le boudoir - 1795-