Body Painting AURORAWEBLOG

 

Vous voyez ci-dessus la photo qui a inspiré cette nouvelle, tant dans sa première partie d’hier que dans sa chute de ce soir. Ne parlant pas l’idiome du site, je suis incapable de la créditer à un photographe.

En tout cas, elle est « copyrightée » ici.

 

 

Les jours avaient ensuite commencé à s’égrener sans aucun signe de lui.

Ils lui étaient apparus dans un premier temps vides et sans saveur.

Puis la vie avait repris ses droits, tous ses droits, et elle en était presque venue à l’oublier.

 

C’est quand le souvenir avait commencé à pâlir et la mémoire des sensations à s’évaporer que le coup de fil était arrivé.

 

L’attente est un enchantement : elle avait eu pour seul message de ne pas se montrer impatiente.

Ce fut peu à peu un enchevêtrement de petites choses : ordres ou interdits, une liste qui semblait infinie…

Elle dut par exemple paraître à une soirée chic sans maquillage et dans sa tenue du jour : elle s’y rendit en tailleur sans se changer après le travail et tous la regardèrent d’un air surpris. Il ne lui adressa pas même la parole mais son sourire ironique et tendre suffisait.

 

Elle éprouvait parfois une secrète honte d’obéir à de pareilles sornettes : il lui fallut dormir les yeux bandés, une autre fois ne pas sortir de tout le dimanche.

 

Ce fut ce soir-là qu’il lui dit :

« Viens demain. Je veux peindre ton corps. ».

Elle avait répondu immédiatement « Bien sûr. » sans y penser deux fois.

 

Maintenant elle est dans le studio et en se remémorant tout cela, elle est prise à nouveau d’une envie de fuir.

Il la regarde avec un sourire vague et lointain comme s’il était sous le coup d’une inspiration soudaine d’artiste.

 

« Où est la toile ? » demande-t-elle. 

« -Tu seras ma toile. 

-Attendez… Et si je ne voulais pas ? ».

Elle tourne les talons et va vers la porte. Celle-ci est fermée à clé. Elle a peur.

Il la saisit, se presse contre elle et éprouve la raideur de son corps entre ses bras.

« Je ne te ferai rien que tu ne veuilles et tu le sais. » murmure-t-il.

De sa main, il lui caresse le ventre  à travers le tissu de sa robe.

Et elle sent son corps se rendre, baisser la garde petit à petit sous chaque nouvelle caresse.

 

Il commence à la déshabiller avec une lenteur atroce, tandis qu’ils sont ainsi embrassés.

Elle se surprend à se retrouver ainsi à la fois victime et complice.

Elle a vu l’éclair de folie dans ses yeux.

Ce n’est pas la première fois et cela l’épouvante. Et lui donne du plaisir.

 

Ses mains glissent sur les vêtements et savent s’arrêter habilement sur les points les plus sensibles de son corps.

Elle se retourne et voit sa bouche à quelques centimètres.

Il ne l’embrasse pas.

Elle est sur le point de parler mais il pose sa main sur ses lèvres.

Dans le mouvement, ses seins sont venus s’appuyer contre son thorax à lui.

Elle laisse échapper un petit gémissement.

 

Elle est entièrement nue maintenant.

Il la regarde, l’attire contre lui avec force mais c’est pour la repousser aussitôt vers une table à tréteaux recouverte d’un drap. Là, il l’empoigne, la soulève et l’y étend.

 

C’est à elle de le regarder maintenant.

Il va et vient naturellement entre les étagères, les pinceaux de toutes formes, les tubes de peinture, les crayons, les pastels.

Elle vient de comprendre sa peur de l’amour, sa réticence devant le baiser, son goût du silence. D’un seul regard, elle a vu la forme de sa fantaisie.

 

Elle y consentira. Elle commence à se mouvoir lentement, ondulant sur la table.

Il la voit et lui répond d’un seul geste : il relève son menton d’un coup sec.

Elle a lu les mots que disaient les yeux bleus.

 

Elle se redresse, tend ses seins vers l’avant, ploie légèrement sa tête vers l’arrière. Elle ondule toujours.

Il s’approche, pose une main sur ses flancs et lui donne un autre rythme auquel elle se plie immédiatement.

Il faut que ce soit lui qui impose.

 

Il a pris un tube de couleur bleue et il en verse un peu sur ses mamelons puis avec un pinceau très fin aux soies allongées, il commence à répartir la couleur autour des seins. Il s’attarde longuement sur leur pointe raidie. Elle gémit de plaisir.

Elle est dans ses mains, entre ses doigts, sous ses pinceaux…

 

Le pinceau, il le fait maintenant courir le long de son torse, utilisant sa douceur sur les hanches, puis sur le ventre, en tourbillonnant autour du nombril.

Ensuite, il la retourne, passe aux épaules, au dos, aux fesses.

 

L’une après l’autre, il a déversé sur elle durant tout ce temps d’autres couleurs, des teintes plus chaudes, plus fortes…

Il a  aussi pris un pinceau plus large avec des soies plates légèrement plus dures.

Les contrastes s’accomplissent, deviennent des dessins.

 

Il lâche soudain le pinceau, la replace de face et commence à modeler la peinture avec ses mains en la répandant sur son corps.

Il sent ses muscles se tendre sous son toucher impétueux.

 

Et c’est presque avec un hurlement qu’elle accueille finalement sa fougue aux mille couleurs, là au milieu d’elle, quand il vient enfin l’ouvrir des ses mains comme il ouvre au même instant sa bouche d’un baiser.

 

 

 

(FIN)