BDSM confidences Je chante le corps électrique AURORAWEBLOG

                                                      Photo © David Lachapelle

 

 

«  Je chante le corps électrique. »

Ray Bradbury – Denoël Editions-

 

 

Cette note, rapide et mal écrite, vient un peu comme un cheveu sur la soupe. Elle était imprévue mais je voulais répondre au premier commentaire d’Amandier sur le post précédent et je n’ai pas eu le temps de faire deux choses différentes aujourd’hui.

 

Pourquoi est-ce que je me vois comme un OVNI au ciel BDSM ?

Je crois que c’est tout simplement parce que je ne me sens en accord avec rien de cet univers à 100 %.

Comment dire ? Il y a d’abord ma vie tout court puis ma vie amoureuse qui inclut ma vie érotique dans laquelle il y a ma vie BDSM. On voit que celle-ci arrive tout au bout de la chaîne (sans jeu de mot).

 

Dans ma vie BDSM, je ne suis pas de celles qui ont « tout pris », c'est-à-dire que je n’ai pas accepté le colis en bloc. Il y a les choses qui me plaisent et celles qui ne me plaisent pas. Je n’adhère qu’aux choses qui me plaisent. Pas question pour moi d’adopter des attitudes, des façons de faire qui seraient à cent lieues de mon être.

 

Je n’ai jamais appelé personne « Maître » parce que je n’en avais pas besoin pour « décoller ».

Au contraire, si j’avais dû me forcer (ou si l'on m'avait forcée d'une façon déguisée) à me mettre dans une peau qui n’était pas la mienne, à réciter un rôle, je crois que ce monde aurait perdu tout son charme à mes yeux.

Je ne peux donc en être qu’un électron libre.

Idem pour les règles etc. ou cette affaire de punitions que j'évoquais hier.

L'idée d'être chien ou chienne aussi ou celle de l'humiliation.

Enfin, bref, toutes ces choses que, moi, je ne digère pas...

 

La punition m’a toujours paru douteuse. A quoi répond le besoin de punir et surtout celui d’être puni(e) ?

Il y a quelques années, les choses me semblaient plus claires. Je me souviens que Arte avait diffusé un reportage sur un lieu américain (j’en ai oublié le nom, ce qui me revient est « Pandora » mais je peux me tromper) où des gens, hommes et femmes, se rendaient et payaient (mais l’aspect financier n’a ici aucune importance) des dominatrices pour les humilier et les punir.

Tous sans exception avaient une histoire qui était limpide : tel venait pour exorciser une trop grande charge de pouvoir qu’il avait à exercer dans son quotidien -et reproduisait là l’inverse comme une soupape de décompression- tel autre avait de vrais sentiments de culpabilité qui faisaient qu’il venait s’en débarrasser là, comme il aurait pu le faire sur un divan.

Cela m’avait semblé schématique mais net et au moins, cela me permettait de « savoir » pourquoi je ne leur ressemblais pas.

 

Aujourd’hui, les motivations des gens que je rencontre me paraissent moins « lisibles ».

Pour ce qui est des textes (blogs, forums), je pense souvent à un « effet de mode », chacun imitant la ligne de l’autre.

Mais il faut tout de même aller au-delà, cela ne peut être aussi facile. Tous les BDSMeurs n’écrivent pas et pourtant le BDSM est ce qu’il est, très formaté.

 

M. pense que bien des personnes ont besoin de formatage en général et s’il rapporte cette nécessité dans un second temps au BDSM il ajoute que ce formatage, d’un côté du manche comme de l’autre, est dû à un besoin d’exister.

 

Je pense la même chose et je développe parce que je l’applique aux années que nous vivons actuellement : c’est parce que nous sommes dans un monde qui nie l’individu que celui-ci est prêt à tout pour y être reconnu.

Dans le BDSM, par une seule personne, comme maître ou comme soumise.

Dans la société par tout un groupe : pas une tête ne doit donc dépasser.

Les codes, dans l’un comme dans l’autre cas, sont là pour affirmer cette identité avide de reconnaissance qui nous est chaque jour un peu plus ôtée.

 

Du coup, punir ou être puni(e) deviennent l’expression du même vide, de la même immense difficulté d’être. Je sais que je vais faire hurler mais je le pense vraiment.

Pour moi, tout cela a un parfum de « fin d’époque ». C’est simplement un peu plus flagrant dans le BDSM. Cela l’est aussi dans une autre mesure dans le libertinage qui a perdu toute sa connotation libertaire pour se commercialiser et se galvauder jusqu’à la nullité absolue.

 

Et la « fin d’époque », je l’analyse comme politique ou sociétale. Dans un monde qui n’a plus aucune spiritualité (je ne l’entends pas au sens religieux mais philosophique comme l’ « Esprit » du Siècle des Lumières, par exemple), on crie ses appels à l’aide dans le désert.

 

Alors, en effet, pourquoi ne pas se prosterner devant un « Maître » (d’autres le font bien devant un gourou) en y croyant stricto sensu, c'est-à-dire comme le font beaucoup, en s’accrochant, maître comme soumise, à ces mots comme à une bouée par delà toute notion de séance et se dire de la même façon, pour les mêmes raisons, chien ou chienne, réclamer ou prodiguer punition et humiliation…

 

Après tout.

Si cela peut aider. Si cela panse quelques plaies...

Si l’on est enfin reconnu ainsi…

 

Ce ne sera jamais au fond qu’une histoire de recherche d’amour désespérée.

 

M. me rappelait hier soir la chanson « Ne me quitte pas » de Brel :

 

« Laisse-moi devenir l’ombre de ton ombre

L’ombre de ta main, l’ombre de ton chien… »

 

Je la trouve infiniment triste depuis toujours.

 

Et dans cet univers-là, la seule expression de cette tristesse (qui me met fatalement déjà à l'écart d'eux) fait de moi un OVNI.