Il sorriso di Berlinguer AURORAWEBLOG

                                   Il sorriso di Enrico Berlinguer - Photo ???

 

 

Il y aurait beaucoup de choses à commémorer en ce 10 mai à commencer, puisque c’est la date choisie par Jacques Chirac [petit malin, hé ! pour faire oublier 1981 ! ndlr], par l’abolition de l’esclavage (mais on va supposer qu’ « Esclave Binga » et « Esclave Toundra » qui tiennent blog BDSM sont suffisamment cultivées pour faire la différence entre leurs histoires et l’Histoire) et en continuant par la lointaine élection d’un Président Socialiste en France dont j’ai déjà parlé…

 

Aujourd’hui donc, la nouvelle qui retient mon attention est l’élection, à la Présidence de la République Italienne, du Sénateur Giorgio Napolitano, du parti des D.S., c'est-à-dire de l’ancien Parti Communiste Italien.

On sait que cette charge n’est qu’honorifique et vous lirez demain dans les journaux combien cette élection a été difficile (quatre votes pour l’obtenir) dans l’actuel contexte politique italien.

J’ai par ailleurs exprimé ici il y a peu mes craintes quant à la fragile coalition qui va ces jours-ci accéder au pouvoir en Italie.

D’autre part, nous avons déjà vu un gouvernement mené par un ex-dirigeant du bureau du PCI, celui de Massimo D’Alema en 1996.

L’événement en soi n’a donc rien d’extraordinaire.

Si ce n’est que quelque part, dans sa représentation symbolique (la Présidence de la République) il est l’aboutissement du rêve de Berlinguer, il mio caro Enrico…

 

« Il sorriso di Berlinguer », expression célèbre… Le sourire de Berlinguer…

Berlinguer, passé à l’oubli en France.

Alors, quelques mots ce soir pour nous le rappeler. Et sa photo et non celle de Napolitano pour orner cette note.

 

Il est des hommes qui savent voir avant les autres.

Enrico Berlinguer, né en Sardaigne en 1922 et certainement le dirigeant communiste italien le plus célèbre (avec Palmiro Togliatti), fut de ceux-là.

Il n’attendit pas son élection à la tête du PCI en 1972 mais prôna dès 1963 la distance de son parti vis-à-vis de Moscou.

Le PCI fut le premier Parti Communiste Européen à assumer cette indépendance, allant jusqu’à condamner en congrès en 1979 l’invasion soviétique en Afghanistan.

 

Partisan de la première heure d’un « eurocommunisme » (que de choses il aurait à nous dire aujourd’hui..) dès 1977, Berlinguer devint aussi en Italie le berger du « compromis historique », voyant dans son parti une force de gouvernement et non de seule opposition.

Ce « compromis historique », qui devait permettre un partage des charges gouvernementales entre le PCI et la Démocratie Chrétienne, c’est avec Aldo Moro qu’il le construisait.

Moro fut assassiné par les Brigades Rouges en 1978 -vérité officielle qui se perd dans les méandres de l'Histoire officieuse, celle qui a trait à une grande manipulation étatique de ces activistes- et l'idée même de « compromis historique » disparut avec lui.

 

De Berlinguer visionnaire, les Italiens retiennent le combat sans trève devant les compromissions des différents partis mais aussi la pondération de ses « parole vere » (mots vrais).

En voici quelques-un(e)s, extrait(e)s de son « Discours à la jeunesse » en 1982:

 

« A la crise des vieilles formes de la politique correspond déjà, si nous savons la voir, la naissance de nouvelles formes d’engagement. Et ces formes ne dérivent pas seulement du fait que la plupart des partis sont en crise et que d’autres, le nôtre y compris, rencontrent des difficultés mais du fait qu’avancent irrémédiablement, avec de nouvelles questions, de nouvelles sensibilités que nous devons prendre en compte…

Le développement du milieu associatif et du volontariat indique qu’il ne suffit pas de participer, qu’il faut compter vraiment, il faut faire, il faut œuvrer et contribuer à résoudre ces questions réelles. « Démocratie » doit se conjuguer avec efficience et « Liberté » doit devenir responsabilité et libération. »

 

On se souvient du débat qui eut lieu lorsque le PCI changea de nom pour coller davantage à sa nouvelle réalité. Berlinguer y aurait été favorable.

Il n’était, hélas, plus là pour y prendre part.

Ses derniers mots, dits avec difficulté, auront été :

« La vérité est… que les partis s’en fichent …continuez votre travail... maison après maison... rue après rue… » prononcés à Padoue, le 7 juin 1984, au cours d’un meeting de la campagne des Elections Européennes tandis qu'il s’écroule sous la pluie, victime d’un infarctus.

Il ne reprendra plus connaissance jusqu'à sa mort qui survient le 11 juin.

Ramené à Rome, ses funérailles seront suivies par plus d’un million d’Italiens dans les rues de la capitale.

 

 

En 1991, Antonello Venditti lui consacra la très belle chanson « Dolce Enrico » que je pose puis traduis ci-dessous, heureuse ce soir que dans une certaine mesure, le rêve de ce juste soit enfin réalisé.

 

 

Dolce Enrico (Antonello Venditti – 1991)

 

Enrico, se tu ci fossi ancora
ci basterebbe un sorriso
per un'abbraccio di un'ora.
Il mondo cambia, ha scelto la bandiera
l'unica cosa che resta è un'ingiustizia più vera.
Qui tutti gridano,
qui tutti noi siamo diversi
ma se li senti parlare sono da sempre gli stessi.
E quante bugie, quanti segreti in fondo al mare
pensi davvero che un giorno noi li vedremo affiorare?
Oh no, non dirmi no
dimmi che quel giorno ci sarò.
Chiudo gli occhi e penso a te, dolce Enrico
nel mio cuore accanto a me, tu sei vivo.
Chiudo gli occhi e tu ci sei, dolce Enrico
tu sorridi accanto a me.
A S. Giovanni stanotte la piazza è vuota
ma quanta gente che c'era sotto la grande bandiera.
E quante bugie, quanti segreti in fondo al mare
dimmi che un giorno, davvero, noi li vedremo affiorare?
Oh no, non dirmi no
dimmi che quel giorno ci sarò.
Chiudo gli occhi e penso a te, dolce Enrico
nel mio cuore accanto a me, tu sei vivo.
Chiudo gli occhi e tu ci sei, dolce Enrico
tu cammini insieme a me.

 

Enrico, si tu étais encore là,

Il nous suffirait d’un sourire,

Pour une accolade d’une heure.

Le monde change, il a choisi le drapeau

L’unique chose qui reste est une injustice plus vraie.

Ici tout le monde crie,

Ici nous sommes tous différents

Mais si tu les écoutes parler, ce sont depuis toujours les mêmes.

Et que de mensonges, que de secrets au fond de la mer,

Penses-tu qu’un jour vraiment nous les verrons remonter à la surface ?

Oh ! Non, ne me dis pas que non

Dis-moi que ce jour-là, j’y serai.

Je ferme les yeux et je pense à toi, doux Enrico

Dans mon cœur, à mes côtés, tu es vivant.

Je ferme les yeux et tu es là, doux Enrico

Tu souris à mes cotés.

A San Giovanni ce soir la Place est vide

Mais que de gens il y avait sous le grand drapeau.

Et que de mensonges, que de secrets au fond de la mer

Dis-moi, qu’un jour, vraiment, nous les verrons remonter

Oh ! non, ne me dis pas que non

Dis-moi que ce jour-là, j’y serai.

Je ferme les yeux et je pense à toi, doux Enrico

Dans mon cœur, à mes côtés, tu es vivant

Je ferme les yeux et tu es là, doux Enrico

Tu marches avec moi.