AURORAWEBLOG BDSM relations virtuelles

                                                         Tableau © Philip Corey

 

 

M comme Misère sexuelle...

 

 

 

Je publie donc enfin cette note parce que je veux pouvoir reprendre de temps à autre la catégorie de « L’Encyclopédie » (qui n’en a rien d’une...)

Ce texte n’a strictement rien à voir avec ce qu’il devait être à l’origine (il faillit même un temps s’intituler « Les dominateurs ont-ils un sexe ? ») mais je me suis aperçue que cette première version était en elle-même « insupportable » et aurait, de plus, risqué de blesser des gens que je ne désire en aucun cas atteindre.

Autocensure? Oui.

 

Je n’évoquerai donc pas le « réel ».

Il ne sera question que de « BDSM virtuel » et le texte prendra la forme d’un catalogue de faits que je m’efforcerai, tant que faire se peut, de commenter au minimum.

Cependant, il me faut dire en préambule que pour moi « sexualité », toute alternative qu’elle soit, inclut tout de même « sexe » et en poussant ma conception jusqu’au bout, « rapport sexuel ».

Je m’attends, bien sûr, à ce que l’on me réplique qu’ici, en BDSM, s’agissant d’un érotisme avec une forte charge de cérébral, mon raisonnement ne tient pas.

Et moi, à l’inverse, je souhaiterais que l’on raisonne, une fois au moins, sur ce qu’est le sexe et dans quels cas il est « impossible », même cérébralement.

Et alors, qu’est-ce que le sens d’une sexualité sans sexe ?

 

Lorsque je m’inscrivis sur un chat  BDSM, il y a bien longtemps, je me souviens que l’un de mes correspondants du début, lequel habitait à l’autre bout du pays, me proposa à notre tout premier dialogue de me munir de deux épingles à linge, d’une bougie et d’une pelote de ficelle puis de l’appeler au numéro qu’il m’indiquait afin de me donner toutes les explications nécessaires pour avoir, sous ses ordres, par moi-même de la joie (!).

Moi, je voyais par la fenêtre mon étendoir et ses pinces à linge de plastique décolorées au soleil, je trouvais la situation ridicule et cela ne m’inspirait rien de bien excitant. Je ne lui ai pas téléphoné.

 

Je suis retournée ces jours-ci sur un chat. J’y ai, et l’ai dit ici, un pseudo de couple sans annonce de recherche.

Des couples me contactent malgré tout : c’est normal. Des soumis sont tout disposés à nous offrir leurs services, c’est l’habitude aussi.

Mais qu’un « dominateur » me demande après le traditionnel « bsr » de lui envoyer sur Hotmail des photos de moi en vinyle dès le second message parce que pour lui une femme en vinyle, c’est « beau comme un gant » (je cite texto mais je pense qu’il confond vinyle et latex) et qu’il aurait « besoin » de voir ces photos, là et maintenant, cela me laisse perplexe. Perplexe sur le sexe, la sexualité, oui.

Je n’ai rien contre l’onanisme, certes, mais qu’il me soit permis de le trouver triste dans ces conditions.

Je retrouve aussi sur ce chat quelqu’un de connu autrefois en d’autres lieux : c’était il y a quatre ans, il cherchait. Il cherche encore. Entre temps, il n’a pas fait de rencontres, sinon des « webcams » depuis qu’il est lui aussi inscrit là. Ce n’est pas très gai non plus.

 

Il n’ y a pas beaucoup de sentiments, de vie et surtout aucun partage dans ce que je vous raconte ce soir.

Or, l’érotisme, le sexe sont la force de la vie.

Pas le glacis des écrans.

 

Passons aux écrits qui s’y trouvent.

Un texte d’homme par exemple, publié comme « récit » (et non fiction). C’est une histoire qui ressemble à toutes les autres sauf qu’elle se termine par « Et elle jouit comme elle n’avait encore jamais joui. ». Une phrase semblable, je ne peux la trouver réaliste que rédigée à la première personne. Sinon, c’est du fantasme, de la gloriole inutile. Du besoin de cette gloriole à l’aveu caché de la misère sexuelle, il n’y a qu’un pas.

 

Je terminerai par deux blogs. L’un, français, est bien connu et je vais faire preuve d’une élémentaire discrétion.

Il se trouve qu’un malicieux m’envoie ce jour la fiche de la dame qui le tient, récupérée sur un autre chat. Impensable que ce ne soit qu’une similarité de pseudo : le CV renvoie en toutes lettres au blog, lequel est peuplé de récits érotiquement mouvementés et poétiquement déchirants, d’odes au « Maître » (enfin, aux différents « Maîtres » qui s’y succèdent).

Or, le profil du chat mentionne en clair « expérience : 0 an(s) » et la recherche « J’attends celui qui etc »

Pas mal de blogs publient des textes aussi érotiques que ceux qu’on lit chez elle : leurs auteurs précisent ne pas en être les héros. Leurs personnages ont des noms, les situations relèvent d’une composition de l’imaginaire créatif.

Mais là…Ne serait-ce donc que pure création du fantasme passée au « Je » pour combler le vide sexuel?

Allez, je serai magnanime : elle aura sans doute oublié de taper un 1 devant le 0 des années d’expérience, n’aura jamais relu sa fiche et personne ne le lui aura fait remarquer…

Ma magnanimité est aussi due au fait que je « crois » réel (en ce qui y est raconté) un sur deux seulement des blogs sexy-BDSM que je lis sur la Toile. Alors, elle ou une autre…

 

Le second et dernier blog me permettra d’être plus prolixe.

Il est étranger (merci Technorati !).

Celui-là, je le sens sincère de A à Z.

Il a été créé au printemps 2005 quand une jeune étudiante hispanisante de 25 ans a virtuellement connu un « Maître » (qui est le même depuis lors) sur un chat.

Ils ne se sont jamais rencontrés.

Le blog fonctionnant en « Journal intime de soumise » au quotidien, tout s’y passe -en l’espace d’un an- du chat à MSN puis enfin au mail et au portable où chaque jour le maître dicte le programme.

Je résume (et édulcore dans le vocabulaire) la dernière entrée parce qu’elle parle d’elle-même quant au concept de jouissance. Et de misère sexuelle.

 

Il est treize heures. Le Maître donne son coup de fil.  

Il s’agit en ce jour pour la jeune femme de placer une punaise sur son mamelon, de remettre son soutien-gorge et d’aller s’appuyer de toutes ses forces contre le mur afin que la punaise s’enfonce.

Elle le fait et déplore, dans un premier temps, seulement le fait qu’une fois l’ordre donné, il ait raccroché sans un mot.

Puis les heures passent : la punaise est très douloureuse maintenant mais pour rien au monde, elle ne l’enlèverait.

Il rappelle à la fin de l’après-midi (les bureaux sont-ils fermés alors ? ndlr) et demande si elle a joui. Elle lui avoue que non et qu’elle souffre.

Il souffle et dit son agacement  Elle se sent coupable.

Comme dans chacun de ses autres textes d’ailleurs.

Il la somme alors d’introduire en elle le premier objet volumineux à portée de sa main.

Elle ne trouve qu’une petite bouteille d’eau minérale posée sur son bureau. Je vous passe les détails de l’intromission graduelle qui la fait souffrir puisqu’elle est accroupie pour s’empaler d’une main sur le récipient et tient de l’autre main le téléphone pour commenter.

Commenter quoi ? Cette fameuse jouissance qu’il attend et qui ne vient pas.

Pour finir, il se fâche et dit qu’il est las de son manque de performance, qu’elle connaît la punition : il ne rappellera pas de huit jours.

Les dernières phrases du texte sont édifiantes : « Je regrette de vous avoir déçue et de ne pas progresser comme vous le voudriez. Merci, Maître de cette punition qui me détruit à l’idée de votre absence mais qui me rappellera que je dois m’améliorer par la pensée de vous et de ma situation de soumise à chaque seconde ».

 

 « Merci Maître » et « L’idée de votre absence » pour un homme que l’on ne connaît pas, que l'on n'a, qui ne vous a, jamais touché(e), qui n’a aucune consistance physique réelle…

Et vous voudriez qu’après cela je ne me pose pas de questions sur la misère sexuelle dans le BDSM ?

 

D’autant plus que les exemples cités qui ont été, je le répète en conclusion, volontairement modérés ici ne sont qu’un très mince reflet de situations bien pires et aussi beaucoup plus nombreuses que cette note ne le laisse supposer.

 

Derrière ces déserts, ces vides, on entend le cri d'une immense solitude, d'une vraie souffrance. 

Pourquoi avoir voulu le dire, l’écrire ?

Pour essayer de démonter l’ « illusion », premier pas vers l’illusoire…

Tirer  une sonnette d'alarme.

Juste avant, juste avant d'en arriver au cyber-corps...