David Seymour Manifestations Front Populaire 1936 AURORAWEBLOG

                                Photo © David Seymour

         Ouvrières en grève occupant leur usine Front Populaire juin 1936 AURORAWEBLOG 

      Vacances en tandem été 1936 AURORAWEBLOG  

     Trains Front Populaire été 1936 AURORAWEBLOG   

    Ouvriers Front Populaire en congés payés au Tréport été 1936 AURORAWEBLOG

                                              Photos ???

 

     Ouvriers en vacances Front Populaire Henri Cartier-Bresson AURORAWEBLOG

                                 Photo © Henri Cartier-Bresson

 

Le Front Populaire, ce n’est pas mon histoire. C’est celle de mes grands-parents.

Et c’est tellement leur histoire que quand ils la racontaient, ce n’était pas de l’Histoire.

C’était le souvenir d’un bonheur. Une histoire de grève longue avec des manifestations, des fêtes et où l’on gagne à la fin...

C’est ce que je comprenais enfant et je voyais leurs yeux s’enflammer quand ils se rappelaient tout ça.

Je la redemandais le plus souvent possible, cette belle histoire…

Et je rêvais.

 

Plus tard, il y eut le double album de la comédie musicale « 36, Front Populaire » (jamais montée sur scène) d’Etienne Roda-Gil et des choses lues ou vues ici et là .

Tout droit venues de cette culture Front Pop’ dont Prévert est le poète évident, Duvivier le cinéaste, Wily Ronis et Henri Cartier Bresson les photographes.

Pour moi, dans ces conditions, le Front Populaire dont nous célébrons aujourd’hui le 70ème anniversaire allait être un mythe…

 

Qu’en dire exactement ? Comment le raconter ? Que nous a-t-il apporté et à qui le devons-nous ? Pourquoi, lui qui démarra dans la liesse, a-t-il connu une fin si peu joyeuse ?

 

Sans doute le dirigeant communiste Maurice Thorez est-il à l’origine de ce pan d'Histoire.

Après les manifestations de 1934, constatant la montée des Ligues d’extrême-droite en France, il tourne le dos à la stratégie classique de son parti et s’allie avec les autres formations de gauche, radicaux et socialistes, pour une politique de désistement commun au second tour des Législatives qui ont lieu le 3 mai 1936.

La plateforme qu’ils ont réussi à mettre en place est extrêmement modérée dans ses ambitions. 

Non, le « programme commun » du Front Populaire, ce n'était pas la Révolution Bolchévique que certains annonçaient...

 

Pourtant, une fois la victoire remportée et tandis que s’ensuit une période de vide institutionnel (un peu comme ce qui se passe en Italie en ce moment)  -puisque Léon Blum ne sera finalement nommé Président du Conseil en vue de former un gouvernement par le Président de la République Albert Lebrun que le 4 juin 1936- dans l’euphorie et l’envolée des résultats, les gens commencent spontanément à se mettre en grève.

Celles-ci débutent dès le 11 mai aux usines Breguet au Havre et bientôt elles vont gagner l’ensemble du pays jusqu’à atteindre le chiffre de deux millions de salariés en lutte.

 

Et c'est en effet une très longue grève qui prend alors son essor : elle va durer près de deux mois et l’on doit saluer la mémoire de ceux qui la firent, occupant les usines et sans salaire (aujourd’hui combien d’entre nous rechignent à une grève d’une journée sous prétexte de la perte d’argent qui en découlerait…).

 

Léon Blum forme enfin son gouvernement qui comprend pour la première fois des femmes. Le Parti Communiste n’y participera pas, choisissant de soutenir seulement.

Pour sortir de la situation bloquée, le Patronat fait appel à ce nouveau gouvernement : ce seront les accords Matignon signés les 11 et 12 juin 1936 qui accordent aux travailleurs la semaine de 40 heures, 15 jours de congés payés, 12% (en moyenne) d’augmentation de salaire, des conventions collectives et affermissent le droit de grève et la protection syndicale.

Thorez prononce alors son célèbre « Il faut savoir terminer une grève » et le bel été 36 des trains et des tandems, des ouvriers sur les plages peut alors commencer.

Ils ne le doivent finalement qu’à eux-mêmes. Il est important de s’en souvenir : ces avancées sont les leurs.

 

On ne peut cependant nier au gouvernement Blum d’avoir de son chef promulgué d’autres lois au-delà de ces seuls accords : la prolongation de l’âge de la scolarité à 14 ans, les nationalisations, la dissolution des Ligues et la Banque de France placée sous le contrôle de l’état …

 

Pourtant, c’est  dès l’été 36 qu’apparaissent les premiers nuages à l’horizon du Front Populaire : malgré le soutien du Parti Communiste aux Républicains Espagnols, Léon Blum refuse une intervention française dans cette guerre. Les Français y seront tout de même présents, engagés volontaires dans les Brigades Internationales (songer à Malraux et à la philosophe Simone Weil).

Puis c’est l’ « affaire » du ministre Salengro qui  conduit celui-ci à se suicider et enfin, devant la baisse du franc, l’annonce par Léon Blum d’une pause dans les réformes dès février 37.

 

 

Evincé en juin 37, le cabinet Blum voit lui succéder celui du radical Camille Chautemps qui nationalisera encore les Chemins de Fer, créant la SNCF, puis Blum reviendra pour un second cabinet qui durera jusqu’en avril 1938 où ce sera le tour de l’arrivée au pouvoir d’Edouard Daladier. On connaît la suite et l’aveuglement : les accords de Munich…

Sur le front intérieur, en novembre 1938, la CGT lance une grève qui sera un échec contre certains décrets qui remettent en cause des parties des accords Matignon…

 

Comment pareil enthousiasme a pu ainsi aboutir à un bilan mitigé ? Lire une très bonne analyse  dans cet article d’aujourd’hui sur Libé.

 

Et puis garder la mémoire de cette explosion de joie populaire, de ce mouvement social jamais vu à la suite d’une victoire électorale, de ces millions de gens qui avaient voulu reprendre leur vie en main…qui avaient cru que quelque chose, là, commençait.

 

 

 

Ça commence ( Etienne Roda-Gil – 1979)

 

ça commence
Comme un rêve d'enfant
On croit que c'est dimanche
Et que c'est le Printemps.

Toi et moi
On s'en va regarder
Le soleil sous les branches
Et puis parler de toi...
Et moi...

Si tout change
Et s'arrange

Il y aura des étés
Pour toi
Et pour moi
Tu verras...

Ça commence
Comme un rêve d'enfant
On croit que c'est dimanche
Et que c'est le Printemps.

La radio
Donne enfin des nouvelles nouvelles
Et nous parle
Enfin un peu de toi...
Et moi...

Si tout change
Et s'arrange

Il y aura des étés
Pour toi
Et pour moi
Tu verras…

 

Ça commence
Comme un rêve d'enfant
On croit que c'est dimanche
Et que c'est le Printemps.

Toi et Moi
On a ployé le dos
Cent fois,
Toi et Moi
On a toujours vécu
Sans joie.

Toi et Moi
On a ployé le dos
Cent fois,
Toi et Moi
On a toujours vécu
Sans joie.

Ça commence…