BDSM soumise photo perso AURORAWEBLOG

 

En faisant le bilan, je m’aperçois que c’est d’avoir été, depuis toujours, romantique qui m’a rendue encline à la soumission. Une manière de disputer ma vérité au banal en faisant un don absolu.

Une forme de tester ma résistance en offrant ma bouche au silence.

Une concession sans rabais pour préserver entière ma passion de l’excès.

Ëtre femme n’entre pas en ligne de compte : j’ai eu des arrière-grands-mères qui se tenaient debout dans le coin de la pièce tandis que leurs hommes mangeaient à table et pourtant elles géraient leur monde à la baguette bien mieux que si elles avaient été armées d’un fouet.

J’aime les pratiques qui contraignent physiquement : les cordes, les chaînes, la cellophane, celles qui provoquent une douleur de feu follet : la fessée, la badine et les lanières, la cire chaude.

Je hais l’humiliation sous toutes ses formes : je n’ai jamais voulu que quoi que ce soit qui ressemble à l’oppression sociale entre dans le cercle de ma vie intime. Ainsi suis-je toujours surprise d’apprendre que des gens aiment se faire marcher dessus alors que le quotidien nous piétine allègrement.

Il en a été de même pour moi pour des pratiques avoisinantes comme l’animalisation, la dépersonnification…Non, merci, pas dans un monde qui ne tient pas compte de l’individu et qui traite certains comme des chiens.

Je ne me suis pas transformée au moyen de talons, de robes de latex ou autres. J’ai gardé mon Mont de Vénus tel que la nature me l’avait attribué.

N'étant pas bisexuelle, je ne me suis pas forcée à le devenir pour marcher dans le droit chemin de la « bonne soumise ».

Comme je ne me sentais pas non plus « plurielle », j’ai partagé le BDSM uniquement dans le cadre du duo.

De plus, je n’ai jamais baissé mon regard, j’ai toujours levé droit les yeux.

Si je me suis agenouillée, si je me suis trouvée marchant à quatre pattes, ce ne fut jamais pour un public.

Je n’ai jamais non plus été des deux camps, sachant que je n’avais aucun talent pour donner de la douleur (j’écris volontairement « donner » et non « infliger »).

En un mot, je n'ai jamais « joué » mon BDSM. Je l'ai vécu comme je suis, entière et sans artifice.

 

Un jour, j’ai rencontré celui qui était digne d’être le metteur en scène de mes sens. Digne parce qu’il a su les lire à la lettre. Il n’a cherché qu’à révéler mon encre sympathique et non à imprimer sur moi ses propres fantaisies en cherchant à me faire croire qu’elles étaient les miennes.

Avant cela, j’avais fait quelques rencontres, eu quelques expériences. Au cours de l’une d’entre elles, j’avais même « donné », sans comprendre toutefois que si de l’autre côté l’on ne reçoit pas, cela annule le don en soi, le transformant  en un fantôme d’offrande, un inaccompli stérile, aride et destructeur.

Seul, M. m’a donné la possibilité du don parce que nous nous sommes aimés.

On comprend mieux le mot « romantique » du début de cette note maintenant…

 

Et…la même chose en poème.

 

Nous avons été deux à l’entrée de notre maison,

Et Tu m’as invitée à me déshabiller

Pour me restituer mon corps.

Nous sommes devenus à nous seuls un troupeau

Dans un groupe étranger,

Appelés à lutter, et en ceci

Tu m’as donné le moyen de me réapproprier

En cherchant non mon infériorité

Mais bien au contraire mon émergence.

Tu m’as fait conquérir ma dépendance

Pour me rendre enfin libre,

J’ai été la veine d’ardeur douce

Qui palpite, soumise égale,

Aux côtés de Ta veine dominante.

Nous avons été des phrases pures

Et puis d’autres obscènes,

Nous avons été des tenailles sur mes aréoles,

Des écrits à la bougie sur mes seins,

Nous avons été des envolées folles

Et le doux retour sur moi de Ta main.

Nous avons gagné, d’un souffle,

Notre guerre d’amour

Contre le découragement et la fatigue.

Nous avons abrité en nous les réparations

Contre ces aumônes d’horreur

Qui, Tu le sais, tombent si souvent dans mes mains

Toujours ouvertes ingénument.

Nous avons été une respiration au bout de la nuit,

Une fierté bien cher payée.

Nous avons osé et usé

Tout le possible des possibles,

La beauté excessive

De la douleur conquise.

Et je vois à présent lorsque le jour se lève

Nos dizaines de petites cicatrices en relief

Et je me dis « Ceci est notre amour »…