BDSM Circus AURORAWEBLOG

                                                      Photo © Eugenio Recuenco.

 

 

Je n’ai pas choisi d’aborder à ce monde-là par le grand chapiteau des feintes.

C’est seulement le hasard dont on sait combien il est hasardeux qui m’a amenée à emprunter ce sentier plutôt que celui-ci, ou celui-là encore.

La route eut-elle été balisée diversement que sans doute mon parcours dans ces limbes aurait été différent et que mon regard serait tout autre.

Mais…

 

C’est la vision première que j'en eus : un cirque, une fiction, la tristesse cachée sous le visage des clowns parce que le spectacle doit toujours continuer, mille costumes tous plus étonnants les uns que les autres et mille masques pour se cacher, se protéger de soi.

Sous le grand chapiteau, les gens passent leur temps à coudre leur habit de scène, plumes et paillettes, à maquiller leur visage et leurs yeux surtout avec les couleurs les plus voyantes, pour que le regard des autres se pose sur ce miroir superficiel d’eux-mêmes.

Tout, tout, n’importe quoi, plutôt que de révéler qui ils sont vraiment.

On peut toujours espérer qu’un jour viendra où le soleil sera assez fort pour faire fondre le fard et décoller les ornements des parures.

Mais…

 

L’important est d’être au centre de l’attention : on joue les tigres de papier ou autres, faisant croire que l’on est qui sait quelle bête féroce. On sourit de tous ses crocs de plastique pour séduire et fasciner le spectateur parvenu là, ignare de combien est faux l’univers qui se cache derrière ces figures : lions ou dompteurs.

Dans ce lieu, il importe peu de penser, encore moins d’avoir des sentiments, il suffit de suivre le rythme fou de l’orchestre qui tambourine, on danse la pavane, on s’enivre de concert.

Et l’amour ? Il existe mais ce n’est pas lui qu’on met en évidence, il ferait du tort au spectacle. Pour l’amour, on aura toujours le temps après.

Mais…

 

Seul compte dévorer et en cela une chair en vaut bien une autre, même sans prendre un instant pour en distinguer la saveur. Seuls comptent le tableau de chasse, l’adresse de l’artiste à la flèche empoisonnée.

Ils préfèreraient cracher leur sang plutôt que d’admettre que leur vie n’est pas parfaite, qu’ils ont des faiblesses et des fragilités.

Soir après soir, sous le grand chapiteau, ils répètent les mêmes gestes, ils connaissent leur rôle par cœur.

Que celui qui a envie de changer quelque chose ou seulement de rêver aille le faire ailleurs : ici il n’y a pas de place.

Mais…

 

Je n’ai pas choisi d’aborder à ce monde-là par le grand chapiteau des feintes.

Mais...

Une fois entrée, et puisqu’il n’y avait pas de porte de sortie, puisque la pellicule de mes yeux était pour toujours impressionnée par ce qu’elle avait vu, j’ai trouvé un échappatoire et je suis devenue trapéziste, loin des rires enregistrés et des cris de l’arène.

Le plus haut possible pour respirer et ne plus sentir les remugles du cirque.

 

J’ai choisi de voler.             

 

 

 

 

 

 

 

         

 

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