Je n’attendais rien du Conseil Constitutionnel.

Libé y voyait ce matin une sortie honorable pour le gouvernement.  

Libé se gourait, comme d’habitude…

Le Conseil Constitutionnel, outre la légère faiblesse de l’argumentaire qui lui était présenté, en ce moment de crise et vu sa composition ne pouvait aller contre le gouvernement.

Le gouvernement ne veut pas de sortie, il veut une entrée, une entrée en force…

Quelle est sa stratégie?

Il espère le pourrissement. C’est terrible car il choisit de courir le risque de la radicalisation.

Demain donc Chirac promulguera le CPE en l’assortissant d’une proposition de tables rondes de négociations.

 

C’était évident. C’est depuis le début un jeu politicien : Villepin a gaffé mais il faut le soutenir, boire la coupe jusqu’à la lie avec lui pour défier Sarkozy.

Il ne reste que cela au vieux Chirac pour jouir des quelques mois qui demeurent à son quinquennat.

Essayer de casser Sarkozy. C'est-à-dire, puisque Chirac s’est toujours trompé, lui dérouler un tapis rouge (dans lequel celui-ci se prendra peut-être les pieds mais pour de toutes autres raisons).

Et garder à De Villepin sa caution de « Dauphin »…

Tandis que c’est nous et nos enfants qui faisons les frais de cette « Commedia des ratés »*

 

L’échec de De Villepin est pourtant définitif. Il n’accèdera pas à la Présidence, sera rejeté dès les primaires par l’UMP.

Cela il ne le voit pas. Chirac non plus.

Ils ne voient pas non plus les millions de manifestants, le pourcentage de Français contre le CPE.

Ils ne voient pas. Ils n’entendent pas. Politiquement, c’est de l’autisme.

C’est même un peu plus grave que ça. A ce stade de nombrilisme, c’est du mépris.

 

Et le mépris se paye plein pot en politique. Beaucoup plus que les acteurs de la pantalonnade ne peuvent l’imaginer. Ils sont en fait pires que les guignols qui les représentent sur une chaîne payante. Plus ridicules que ces poupées de latex.

 

Souvenez-vous que sur une seule phrase « je ne fais pas une campagne socialiste », Jospin n’a pas été au second tour…Il avait méprisé le peuple de gauche.

 

Dans les jours qui viennent, le mépris va coûter très cher.

Nous aussi, nous savons réclamer nos dividendes.

Les actions doivent se poursuivre.

Manifester encore et encore. 

Surtout ne pas se laisser gagner par le découragement.

Grève massive le 4 avril.

Refus des interventions policières dans les établissements scolaires.

 

Et surtout, surtout, c’est le PLUS IMPORTANT, pression auprès des organisations syndicales pour qu’elles ne négocient pas.

Si le mot « retrait » n’existe pas constitutionnellement  comme s’en gargarisent certains ce jour, on sait aussi que le mot « négocier », c’est quelque part « renoncer ».

Il n’est pas question d’améliorer le CPE mais de refuser le CPE.

Redire encore et toujours pourquoi.

CPE comme CNE n'apporteront rien mais intensifieront la précarité.

 

Si « nous » survivons à deux écueils, la « tentation de la négociation » et les vacances de Pâques en trois zones, alors il reste une chance de gagner et de donner un « sens obligatoire » au mot retrait.

 

Mon petit garçon à force de voir les infos (et non par bourrage de crâne perso)  m’a dit ce soir, en écoutant le jeune leader de l’UNEF parler du CPE :

« Eh ! Moi, je vais pas à l’école pour avoir un truc comme ça après. Faut faire grève ».

 

Si même les mômes des élémentaires sont capables de le comprendre, c’est que notre gouvernement en est arrivé à un stade de provocation qu’il avait rarement atteint.

 

 

 

 

 

« La commedia des ratés »:  J'emprunte ici le titre d’un excellent roman policier de Tonino Benacquista, édité dans la « Série Noire » chez Gallimard.