F COMME FRIC ...

A la fin de son ouvrage déjà cité ailleurs dans l’un de mes textes ( « Sexe et pouvoir » aux Editions Belin ), Véronique Poutrain fait la liste des professions des personnes qu’elle a interviewées. Sur une soixantaine, on trouve un seul homme et trois femmes sans emploi.

Les autres, femmes ou hommes sont situés dans des milieux qui vont de fonctionnaire à cadre dirigeant en passant par profession libérale.

 

Le BDSM est un milieu élitiste. C’est un fait sur lequel personne ne peut revenir.

Lorsque cet élitisme témoigne d’un certain niveau intellectuel des « pratiquants », tant mieux.

Quand il témoigne de leur niveau social, on entre, hélas, dans les jeux compliqués qui existent entre le pouvoir et l’argent. Puisque la relation D/s est tout de même une relation de pouvoir.

 

L’argent foisonne dans le BDSM : possesseurs de donjons privés, personnes ayant pignon sur rue…

C’est parfois un bien, parfois un mal.

 

L’argent permet notamment à de « faux » pratiquants ( ces occasionnels affamés de sexe dont j’ai souvent parlé) de s’introduire dans le sérail et de s’y comporter comme des insectes nuisibles.

L’argent donne aussi au BDSM cet aspect de « paraître » et non d’ « être » que j’ai aussi stigmatisé depuis le début.

 

Jusqu’à la récente ouverture du « Lou-Bar », ce sont trois clubs SM qui existaient à Paris.

Je ne souhaite pas les nommer.

Du temps de sa splendeur, le premier avait une fréquentation remarquable : on y côtoyait des noms de plume célèbres mais aussi des gens plus humbles, simplement vrais d’être là pour « jouer » et non pour d’autres motifs.

Le second club était très beau mais à mon goût il ouvrait un peu trop facilement ses portes.

Le troisième a toujours été l’espace du paraître, l’espace de l’argent affiché, du SM marketing.

C’était l’endroit où l’on venait pour se montrer, « étaler » sa soumise et (à travers elle, ses vêtements, ses parures etc… ) son argent.

Salon de thé plutôt que club, endroit de papotage où l’on échangeait autour d’un gin tonic la dernière adresse de fournisseur en vogue de martinet ou de cordes pour ces messieurs, la dernière mode latex pour ces dames…

De temps en temps, avec une langueur certaine, de très belles jeunes femmes se lèvent, se laissent faire un bondage sous les applaudissements du groupe ou bien font elles-mêmes paresseusement un bondage soi-disant sous l’ordre de leur « Maître » à une autre beauté aussi plastique qu’elles ou bien s’occupent de leur voisine d’une façon plus intime selon cette mode toute récente qui fait qu’être BDSM, c’est être bi…

Vitrine esthétique mais vitrine seulement, c’est à dire éloge du faux.

 

Dans ma région vit une dame qui est l’épouse d’un monsieur très influent : leur jeu à eux consiste à offrir cette dame à tous.

Tous les Dominateurs de ma ville ont fait le petit voyage. Mon ex notamment.

Je n’ai pas oublié le discours qu’il me tint. Cela donnait à peu près ça :

« Elle est tellement superbe ! On joue dans la piscine carrelée d’ « azuleros » portugais… Puis dans un hammam qu’ils ont commandé à un architecte marocain… Il faut voir ses tenues…Et les statues ! Et les tableaux partout ! »

Voilà : tout est dit.

Où est l’être là dedans ?

Certains donc s’ « offrent » des Epouses-Soumises de la même façon que d’autres s’offrent simplement des épouses… Et oui, il n’y a rien de changé sous le soleil…

Pour ma part, je ne peux que regretter que le troisième millénaire permette encore cela car j’ai beau considérer le travail comme aliénant pour tous (hommes comme femmes), je n’en pense pas moins qu’une femme qui dépend totalement de son époux (et là je sors du seul monde SM) est une potiche potentielle…

Mais il y en a qui recherchent cela. Des femmes pour qui, justement le « paraître » marque largement le pas sur l’ « être »… Dommage !

 

 

 

Et puis il y a aussi l’argent du BDSM… C’est à dire celui des profits que l’on tire du BDSM…

A l’instar de ce dirigeant d’un petit site riche en photos qui du jour au lendemain prétexte des ennuis avec son hébergeur pour le déménager et… le rendre payant !!!

 

Sans compter ceux qui, possédant une exclusivité, finissent en « Pape »  du « milieu », incontournables, référence éclairée pour les malheureux qui ont « besoin » d’eux pour se procurer leur « ration » de rencontres ou de rêve. Alors que ces braves amateurs de BDSM n’ont à faire qu’à de vulgaires marchands dans le temple…

Pour avoir cru une fois naïvement à la déontologie sincère de l’un d’entre eux, je suis bien placée pour sourire jaune, très jaune de tout cela aujourd’hui.

Il en est de même, une fois encore hélas, pour ce qui concerne le commerce des « accessoires et gadgets ». Là encore, pas d’échappatoire, c’est vers une seule société qu’il convient de s’adresser. D’autres existent, bien sûr, mais méconnues, elles ne font pas recette. Ah ! Quand l’hégémonie règne !

Oui, le BDSM et le fric font bon, très bon ménage. Très, très, très bon ménage !!!

Pratiquant BDSM = personne aisée = donc pompe à fric !

 

Et ce nouvel élitisme-là qui n’a rien, lui, d’intellectuel et qui sait à qui il s’adresse (revoir les catégories sociales évoquées au début de ce post) porte le nom de marketing. Et ne nous honore pas.

 

Loin de là !