AURORAWEBLOG Submissive Mask

                                                        Photo © Mario Leko

 

 

Elle a laissé son manteau dans sa voiture.

Elle est sur le point de repartir.

Il ne se passera rien entre eux cette fois.

 

Elle l’a raccompagné jusqu’à son bureau. Ils n’ont eu que le temps d’un sandwich et d’un café. De l’eau pour elle et une bière pour lui, aussi.

Il est l’homme pressé.

Déjà devant son ordinateur.

Il relève la tête, elle ébauche un sourire, fait un signe de la main, très discret, et un pas de plus vers la porte.

Elle a la main posée sur la poignée de la porte.

 

« Le stylo. » a-t-il dit.

 

Le stylo est par terre. C’est un stylo comme les autres, un parterre comme les autres, la moquette un peu usée de ces bureaux en location qui se ressemblent tous.

Elle ne l'avait pas vu. Ce doit être son dernier visiteur de la matinée qui l'a fait tomber là et oublié avant de quitter la pièce.

 

Il n’aurait qu’à se lever, lui, pour le ramasser

Il répète « Le stylo » comme si elle n'avait pas entendu.

 

Elle fait quelques pas, s’avance et tandis qu’elle se penche, elle remarque qu’elle a les mains qui tremblent et que son vernis à ongles, posé ce matin même, s’est écaillé sur l’index droit, qui sait comment…

 

Elle se baisse  et croit que l’air abandonne son corps, elle n’entend plus qu’un bruit sourd qui vient de l’intérieur : les battements de son cœur, une vraie ruche d’abeilles.

Elle tend la main, elle voit ses mains, les veines sur le dos de ses mains, ses poignets si fins et elle sent aussi ses seins basculer en avant au fur et à mesure qu’elle se plie.

Elle se demande ce qu’il voit, lui, et pourquoi il se tait.

 

« Bougera-t-il ? Me touchera-t-il ? » songe-t-elle.

 

Il quitte son siège et vient se mettre derrière elle, contre la porte exactement.

Maintenant ce sont ses vertèbres qu’il doit voir, tant elle les éprouve, qui tendent à l'extrême le tissu de son chemisier.

Et ses fesses, bien sûr, ses fesses.

 

Comment a-elle pu penser à ces images de viscères et d’os, veines, vertèbres, alors qu’il n’a dû voir que ses seins et ses fesses?

 

« Mais me touchera-t-il ? » se demande-t-elle toujours. « Viendra-t-il à moi ? »

 

 

Voilà qu’elle est près de le tenir enfin, ce stylo, et c’est alors qu’il dit :

« Non, pas avec la main. »

 

Elle sent son souffle lui manquer.

« Mets-toi à genoux, ramasse-le avec ta bouche. »

 

Elle met un genou à terre puis l’autre. La moquette gratte un peu ses bas.

Son visage touche le sol du menton. 

Il y a l’odeur poussiéreuse, écoeurante qui lui fait fermer les yeux soudain.

Et elle pointe la langue pour saisir le stylo. Quelque chose comme des grains de sable, des résidus de terre, un vague goût de salé et l’objet finalement.

 

De sa langue, elle le déplace, le met en parallèle entre ses lèvres et, la seconde d’après, entre ses dents.

 

Langue, lèvres, dents, pense-t-elle, le stylo dans la bouche…Son coeur frappe à tout rompre. Artères.

 

Et tandis qu’elle va encore une fois se dire « Mais me touchera-t-il ? », alors seulement il pose une main sur elle.